L’origine du nom d’Apremont-sur-Allier est issue du latin asper, « rude »
ou de la langue d’oïl aspe, « escarpé », du latin, du latin mons, « mont »
Et de la rivière éponyme.

XVe siècle
Le château d’Apremont-sur-Allier ne se révèle jamais d’un seul regard. Il se laisse approcher. Puis, soudain, au détour des frondaisons, sa silhouette de briques blondes et de pierre claire s’élève au-dessus des arbres. Depuis des siècles, il veille sur les eaux tranquilles de l’Allier avec cette présence discrète des lieux qui n’ont plus rien à prouver.
J’ai toujours été sensible aux endroits où le temps ne s’efface pas. Ceux où les murs conservent les empreintes des générations qui les ont habités, où chaque pierre semble porter le souvenir des saisons, des joies comme des épreuves. Le château n’est pas figé dans un passé ; il demeure vivant. Ce qui frappe avant tout, c’est l’harmonie presque naturelle entre la forteresse et le paysage qui l’enveloppe. Les tours rondes rappellent le temps où il fallait protéger les frontières du Berry, tandis que les jardins racontent une ambition tout autre : celle de célébrer la beauté. La pierre dialogue avec les arbres, les roses répondent aux briques anciennes, et l’Allier déroule son ruban d’eau comme si le fleuve lui-même avait choisi de ralentir sa course.
Il dégage une sérénité profonde, presque apaisante. Sa position n’avait rien d’un hasard : il contrôlait l’unique voie longeant l’Allier au pied du bourg. La forteresse originelle comptait alors quatorze tours, protégées par de larges fossés. Bastion du parti bourguignon allié aux Anglais durant la guerre de Cent Ans, elle fut finalement ruinée par les partisans de Louis XI, né à Bourges.
Le voici renaître ensuite sous l’impulsion de Philibert de Butillat, bailli de Nevers et trésorier de France. Des quatorze tours médiévales, cinq seulement ont traversé les siècles. Plus tard, afin d’ouvrir la perspective sur la rivière, le fils d’Aldonce Rafélis fit démolir le mur reliant deux tours, laissant isolée celle qui abrite encore aujourd’hui la chapelle. L’histoire du domaine se poursuit au fil des siècles. En 1545, François des Barres devient propriétaire des lieux ; son neveu lui succède à la tête d’un vaste domaine s’étendant jusqu’aux confins de Neuvy-le-Barrois. En 1577, la forteresse subit le siège des troupes du duc de Nevers, rappelant combien cette frontière entre Berry et Nivernais demeurait stratégique.
Le XVIIIᵉ siècle apporte un nouveau visage au château. François de Roffignac fait surélever le corps de logis et ouvre de vastes fenêtres, laissant entrer davantage de lumière dans cette demeure qui s’éloigne peu à peu de sa vocation défensive. À la Révolution, le domaine appartient à la famille de Béthune, qui en avait fait l’acquisition en 1722.
Aujourd’hui encore, le château demeure une propriété privée. Il ne se visite pas, mais il se laisse admirablement contempler depuis le parc floral, dont la réputation dépasse largement les frontières du Berry. C’est depuis ces jardins que j’ai réalisé les photographies qui illustrent cet article, au cours de l’une de mes nombreuses escapades à Apremont.
Le parc floral et ses divrs paysages
Le parc paysager et floral lui-même doit beaucoup à la famille Schneider, actuelle propriétaire du domaine, qui a largement contribué à sa création et à son rayonnement. Grâce à cette passion transmise au fil des générations, le château continue de dialoguer avec son écrin végétal dans une harmonie rare.

Lorsque je quitte Apremont-sur-Allier, je n’emporte pas seulement le souvenir d’une silhouette élégante ou d’un jardin d’exception. Je repars avec la conviction que certains lieux possèdent une âme. Ils nous rappellent que le patrimoine ne se résume ni à des pierres ni à des dates : il est une mémoire vivante, une promesse silencieuse adressée à ceux qui viendront après nous. Préserver un château, c’est transmettre bien davantage qu’un monument ; c’est offrir aux générations futures la possibilité d’éprouver, à leur tour, cette émotion discrète que seule la beauté façonnée par le temps sait faire naître.
Si vos pas vous mènent un jour dans le Berry, prenez le temps de pousser jusqu’à Apremont-sur-Allier. Flânez dans ses ruelles fleuries, laissez-vous guider par le murmure de l’Allier et accordez-vous le privilège de contempler ce château qui veille, paisible, sur le village depuis des siècles. Certains lieux se visitent ; d’autres se vivent. Apremont est de ceux-là. Et il est fort probable que, comme moi, vous repartiez avec bien davantage que de belles images : le sentiment d’avoir rencontré un lieu où l’histoire, la nature et la beauté ne font plus qu’un.

