Jean-Louis Boncœur

 

 » Depuis que notre p’tit curé est entré à l’hospice, j’avens son remplaçant, un p’tit vicaire tout neuf. Un abbé régiment, un abbé-clésiastique qui s’apillonne.
Grousse moto, blouson vert, chemise à carrieaux, complet veston anthracite.
Il ne connaît pas le latin, ni son Pater Noster, mais dame, il sait chanter les vêpres sur la guitare et vous sortir un braume qu’est pas piqué des vers !


Il dit qu’vieux Pape est plus dans le coup, prêche la bagarre et raconte aux gamins que faut marier les curés.
Pis, il se vente à tout le monde qui veut bien l’acouter, qu’au lieu de pleurer au ciel, lui, il conteste à terre.
Oui enfin ! Tout ça c’est bien joli, mais sur le plan de la commune, il n’est pas trop d’équerre. Il connaît pas nos habitudes et ça, c’est ch’tit, par exemple !
Du temps de notre ancien curé, les femmes, quand elles avaient péchées sous le « 6ème Commandement »… c’est des affaires qu’arrivons aux femmes coumme aux demoiselles. Au lieu de confesser la chose ouvertement : « j’ai fait cocu, mon homme, entre l’Pierre ou ben l’Gus… « , elles y disait, d’accord avec lui coumme de juste…

 –  » mon Père, j’ai glissée sur le chemin du lavoir… »

C’était convenable, c’était convenu. Fallait le savoir, mais avant de le savoir, fallait d’abord qu’on l’apprenne !
V’la le jeunot, en place à la veille des Rameaux. Pour faire leurs Pâques, pardi, toutes les femmes s’en vont à confesse. Et pis dame, c’est avec les mêmes mots…
Oh ! Sacrées comédiennes, d’avoir péché pour l’Amour du prochain.

À longueur de journée, l’malheureux p’tit chrétien entendant dire, en faisant pénitences :
– « mon Père, j’ai glissée sur le chemin du lavoir… »

Il donnait l’absolution, faute de savoir, mais à la longue, ça le travaillait. Et comme curé, ce chemin de pays, les femmes y faisaient quasiment tous les jours la culbute, il vint trouver notre maire, et dit à la minute ce qui le tracasse, faute de ce chemin trop glissant.

–  » Monsieur le maire, votre commune, elle risque un accident ! Partout dans vos sentiers, on dérape et on bute, mais y’en à un surtout, « le chemin du lavoir », qui doit être si impraticable, que les femmes y glissont quasiment tous les soirs. C’est dangereux, faut y mettre des cailloux et du sable pour que ça coule pas tant ! »
Le maire dit : « Oh ! c’est pas grave, ça craint guère qu’elles se blessent en tombant… ! »

Le prêtre s’adressant « Pas grave… Ah monsieur le maire, je crois au contraire que c’est grand temps qu’on s’en occupe et vite !
Parce qu’enfin, faudrait voir à garantir les femmes.
Il y a la vôtre, cette semaine, sept fois, qu’elle a glissée, sur le chemin du lavoir !… »

 

 

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