Une jolie cité médiévale où l’on ne peut guère passer à côté de la forteresse qui domine fièrement les lieux. Elle attire les regards, les visiteurs… et probablement quelques « oh ! » admiratifs au passage. À ses pieds, une pièce d’eau presque enchantée ajoute encore au charme de la promenade. Il suffit de longer ses abords, de lever un peu les yeux et de se laisser porter par l’ambiance.
Et puis il y a cette forteresse, solidement campée sur son terroir, qui semble veiller tranquillement sur la cité. Une présence imposante, certes, mais qui donne surtout envie de flâner, de regarder… et de prolonger un peu la balade.


Nous sommes à Sagonne !
Et Sagonne, ce n’est pas seulement un joli village du Cher : il est installé sur un ancien site gallo-romain, en bordure de la voie romaine qui reliait Bourges à Lyon. Le tracé en est encore visible… de quoi donner envie de marcher quelques pas dans les traces de ceux qui nous ont précédés ! Bien avant nous, les Bituriges, ces Gaulois de la région de Bourges, avaient déjà choisi les lieux pour s’y installer. Et puis il y a ce nom, Sagonne, que l’on retrouve également dans celui de la petite rivière qui traverse le village, le Sagonnin. Une origine qui nous emmène du côté d’une déesse gallo-romaine, dont un fragment de statue aurait été retrouvé ici. Mais l’histoire des noms réserve parfois quelques surprises…
J’ai découvert, dans l’un de mes nombreux ouvrages consacrés à la patronymie des lieux, une autre étymologie qui mérite d’être citée : « Sagonna« , qui pourrait évoquer un lieu autrefois ensanglanté. Alors, laquelle retenir ? À chacun son interprétation… Pour ma part, je préfère garder un petit doute : après tout, les villages qui ont traversé les siècles ont bien le droit de conserver quelques secrets ! 😉

Le bourg de Sagonne s’est naturellement développé autour de sa forteresse et de son église. Mais autrefois, le village ne manquait pas d’autorité : il possédait sa « Maison de Justice« , joliment appelée » la Maison aux Plaids« , ainsi qu’une garnison. On imagine sans peine l’animation qui devait régner dans ce petit village fortifié… entre soldats, affaires de justice et vie quotidienne. Sagonne avait décidément tout d’une petite cité qui savait se faire respecter !
Puis les siècles passent, les épées se rangent et la vie reprend un autre rythme. Aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, Sagonne connaît un nouvel essor grâce à l’agriculture et à l’élevage. Ici aussi, le village a su s’adapter aux époques : après les soldats et les plaideurs, ce sont les cultivateurs et les éleveurs qui ont fait vivre Sagonne.

Signe particulier ?
Oui… et pas des moindres : son monumental donjon !
Impossible de le manquer. Il domine le village avec cette allure imposante des vieilles forteresses qui semblent avoir vu passer quelques générations… et qui n’ont manifestement pas l’intention de déménager ! À Sagonne, le donjon n’est pas simplement un élément du décor : c’est lui qui donne au village toute sa personnalité.
Arrêtons-nous un instant devant la demeure seigneuriale, dont les origines remontent au début du XVIᵉ siècle.
À l’époque, elle ne se présentait pas tout à fait comme aujourd’hui : des douves l’entouraient, histoire de rappeler que l’on entrait ici dans un lieu où la défense avait son importance. Les douves ont depuis été comblées, mais leur tracé est toujours là, discrètement visible pour qui prend le temps de regarder. Comme quoi, même lorsqu’on efface les douves, les vieilles pierres, elles, ont bonne mémoire !

La porte de la demeure seigneuriale a heureusement conservé ses belles moulures ainsi que son tympan. Sur la façade, les fenêtres à meneaux rappellent elles aussi l’élégance de cette époque. En revanche, l’escalier de pierre et le pont-levis ont disparu… Dommage ! Ils auraient pourtant joliment complété le décor. Mais à Sagonne, il faut parfois savoir regarder ce qui reste pour imaginer ce qui n’est plus. Et pour comprendre l’importance du lieu, remontons encore un peu le temps.
Dès le IXᵉ siècle, Sagonne appartient au comte de Bourges. Puis, au XIIIᵉ siècle, le prieuré et la paroisse relèvent de l’abbaye Saint-Sulpice de Bourges. Quant aux terres de Sagonne, elles sont détenues par la puissante maison de Sancerre du XIIᵉ siècle jusqu’en 1428. Le Moyen Âge est alors une période particulièrement prospère pour le village. Au XIVᵉ siècle, on y tient quatre foires par an et un marché chaque semaine. Autant dire que Sagonne ne devait pas être aussi paisible qu’aujourd’hui ! Commerçants, artisans, habitants des environs et voyageurs s’y retrouvaient régulièrement. Le commerce et l’artisanat firent ainsi de Sagonne un véritable petit pôle d’activité dans le Berry.
Aujourd’hui, il ne reste peut-être plus les cris des marchands ni l’animation des jours de foire… mais en parcourant le village, on devine encore cette époque où Sagonne était loin de vivre au rythme tranquille que nous lui connaissons.

Si les châteaux sont des témoins précieux d’un héritage médiéval que l’on aime retrouver au fil des saisons, la très belle forteresse de Sagonne, elle, a carrément son fan-club ! Et ce fan-club n’est pas près de déserter les lieux. Année après année, le public revient, fidèle au rendez-vous, avec toujours le même plaisir de retrouver la forteresse, son histoire et cette atmosphère si particulière.
Preuve qu’à Sagonne, les vieilles pierres savent encore séduire… et qu’elles ont décidément quelques supporters de longue date !st-ce sous l’effet des croisades, que le Moyen-Âge, ses pratiques, ses us et fêtes reviennent en force chaque été ?
Bien campée sur ses terres, l’impressionnante forteresse domine les environs. Et à la voir ainsi perchée, on comprend aisément que le site ait probablement présenté un intérêt stratégique. D’ici, le regard pouvait porter loin et assurer un véritable relais visuel avec d’autres châteaux, plus bas, sur la Route Jacques Cœur. À l’époque, pas de téléphone portable, pas de réseau… alors, pour communiquer à distance, mieux valait avoir de bons yeux et un château bien placé !
Et voici qu’un personnage de taille entre dans l’histoire de Sagonne : Jules Hardouin-Mansart (1646-1708), petit-neveu du célèbre François Mansart et architecte de Versailles. En 1699, il achète la forteresse et ses domaines pour la jolie somme de 130 000 livres. Rien que ça ! Dans l’attente d’une éventuelle visite du roi Louis XIV, il entreprend alors d’importantes transformations. Mais pas question de faire disparaître complètement le passé : le donjon est conservé. Les douves, elles, sont comblées… puis recreusées selon un nouveau tracé. On imagine les travaux ! À Sagonne, même les douves ont donc eu droit à leur petit remaniement royal.
Durant la Révolution, le mobilier est dispersé et le château est vendu en 1795 puis démantelé par son acquéreur M. Foubert. La vente des matériaux, boiseries, tuiles, ardoises et pierres entraîne la détérioration des bâtiments. Le château va être transformé en ferme exploitée jusque dans les années 1950.
En 1914 le classement du château par les MH met un terme au saccage de la forteresse mais pas son délabrement dû au manque d’entretien.
Depuis 1997, le propriétaire et descendant de la famille Babou, entreprend la restauration du château.
Et Sagonne
prend un autre tournant…
Pendant l’exode, le village accueille de nombreux réfugiés, poussés sur les routes par les événements. Parmi eux, deux personnalités bien connues du monde culturel et intellectuel : l’homme de théâtre Jean-Louis Barrault et l’historien Jérôme Carcopino. Ils trouvent ici un peu de calme et surtout un refuge, loin de la tourmente. Une jolie parenthèse dans l’histoire du village : après avoir été terre de seigneurs, de soldats, de marchands et d’artisans, Sagonne devient, le temps d’une période sombre, une terre d’accueil.
Une jolie parenthèse dans l’histoire du village : après avoir été terre de seigneurs, de soldats, de marchands et d’artisans, Sagonne devient, le temps d’une période sombre, une terre d’accueil.



Changeons un peu de décor
et poussons la porte de l’église
La partie la plus ancinen de Saint-Laurent se trouve du côté de l’abside. Je connais bien cette petite église, que j’ai eu l’occasion de visiter plusieurs fois au fil de mes itinérances romanes. Et, comme souvent, c’est en prenant le temps de regarder que l’on découvre toute sa richesse. L’édifice se compose d’une nef rectangulaire, d’un clocher placé devant le chœur et de deux chapelles latérales. Particularité assez discrète : elle est dépourvue de transept. En 1488, les seigneurs de la Motte-Berraud obtiennent un droit de sépulture dans l’église. Ils font alors construire une chapelle ouvrant directement sur le chœur. Une petite église, donc, mais avec une histoire qui, elle, est loin d’être petite !

