Vue d’ensemble : Église abbatiale & Tour-porche

Parcours précédent

Enfin mes pieds s’arrêtèrent devant le merveilleux ensemble érigé de portes et de chapiteaux, du rez-de-chaussée à l’étage. Inoubliable ! Une édifice massif en belle pierre de Nevers, une tour faisant corps, pourvue de douze portes amenant le visiteur à sa propre rencontre par la Jérusalem Céleste de Saint-Benoît, représentée par les douze tribus d’Israël.

L’histoire de Fleury nous enseigne que la fondation d’un monastère prend forme vers le milieu du XVe siècle. Dans le premier quart du VIIe siècle, un petit groupe de moines est installé autour d’une église dédiée à Sainte-Marie. Le fondateur est un riche personnage appelé Jean.

Puis apparaît un certain Léobold qui, à son tour, vient fonder un autre monastère proche du premier, avec une église dont le patron est Saint-Pierre. Léobold devait être un grand personnage, abbé du monastère d’Orléans. Les deux communautés ne tardèrent pas à fusionner : à Fleury, une règle est suivie selon les institutions de Saint Benoît.

Quelques dates :

De 1004 – 1030 : Gauzlin commence la Tour-porche et reconstruit des bâtiments, après l’incendie qui se déclara en 1026.

En 1067 commence la construction de l’actuelle basilique, elle s’achève en 1207. Le 21 mars 1108, eut lieu la consécration de l’abside et du chœur.

Vers 1184, un nouvel incendie des bâtiments monastiques retardent les travaux du second chantier, la nef, qui aurait été réalisée en deux campagnes. D’abord, furent construites les 3 premières travées, avec les mêmes matériaux que le chœur. En continuité, virent les fenêtres, situées à la même hauteur que celles du sanctuaire. Les 4 dernières travées (côté ouest) ont des fenêtres plus hautes. Une voûte d’ogives est lancée, ce qui permit de hausser le mur gouttereau, et le percer plus largement dans les travées précédentes.

Au XI e siècle, la construction de la nef atteignit la tour-porche. C’est au cours de cette dernière campagne de travaux, que fut ouverte un porche gothique dans le mur nord de cette nouvelle nef. C’est le porche au magnifique linteau des reliques de Saint-Benoît.

Partie gothique : la nef vue vers l’occident.

À l’intérieur de l’église

Après avoir procédé à la découverte des chapiteaux extérieurs, un à un, restant de bonnes minutes contemplatives pour chacun d’eux, j’entre au seuil de l’église abbatiale et de quelques pas, j’avance. Au niveau de la tribune (édifiée en 1704), je remarque deux statues, ce sont celles de Saint-Pierre et Saint-Marc, elles encadrent le portail à double vantaux. Avant de se retrouver ici, elles étaient au retable élevé dans l’abside en 1664, retable déposé en 1861.

Le dos tourné à la nef et levant le regard, voyons l’orgue. Celui-ci compte 35 jeux et encore près de 500 tuyaux (XVIIe et XVIIIe siècles). J’ai eu le plaisir d’entendre jouer cet art sacré en journée, puis le soir venu, lorsque je traversais l’église pour rejoindre les « Vigiles » (20 h 30) à la crypte. Expression sacrée et céleste, par l’orgue reconstruit en 1983.

À bout de souffle…
Nous ne pouvons être à bout de souffle, alors que nous venons tout juste d’enter dans la nef de la basilique. Je veux bien entendu parler du souffle courant dans les tuyaux.

Les premiers orgues sont apparus à la fin du Moyen Âge en Europe, quand des moines érudits et amateurs de musique ont vu le potentiel d’art sacré qu’avaient ces instruments.

Ils étaient auparavant interdits d’églises et longtemps, ils ont été utilisés comme instruments de procession. À l’époque, on ne parlait pas encore d’orgues, mais d’hydraules : un réservoir d’air sous pression, envoyant de l’air comprimé vers des tuyaux, d’où le son strident qui en sortait, et de fait, l’interdit de jouer l’orgue en lieux de culte.

Magie des fonds, mystère des voûtes, des cierges, de l’encens éprouvés au cours des offices. Entre la flûte exprimant la voix céleste, l’art et le sacré, la musique et la liturgie, l’orgue et l’église, quelle merveilleuse alliance ! L’orgue s’introduit à l’église, mais en fait, c’est à sa puissance d’envoûtement qu’il le doit : le langage de l’âme. Un extrait de celui-ci, mais je pense à revoir la vidéo en la redimensionnant notamment. Ou bien, je la laisse ainsi, jusqu’à une prochaine.

La France compte environ 8800 orgues, mais tous ne sont pas en état de jouer, loin de là : 15 à 20 % seraient inutilisables, sans compter tous ceux qui ont besoin d’un entretien ou d’un nettoyage : les pannes liées à la soufflerie sont les plus fréquentes : l’étanchéité des orgues anciens a été réalisée à partir de peaux de moutons qui résistent pendant un ou deux siècles. Celui de Saint-Benoît joue à merveille.

Aussi, la musique est « ondes vibratoires », de même que « nombre dans le temps » et les intervalles musicaux impliquent toujours une expression compatible entre deux éléments en relations, deux longueurs d’ondes par exemple. Si je parviens à publier la bande passante que je fis sur place, enregistrée lors de mon parcours pour vous partager les orgues de Saint-Benoît.

La géométrie sacrée y était généreusement et partout présente. Je vais y retourner, car quelques autres points Bovis (ayant manquée de temps). Cette année, j’allongerais le voyage d’une première visite, par l’oratoire de Germigny-des-Prés. J’en parle dans un article précédent, j’espère y être au printemps 2021 (car désormais, nous sommes moins libres, si re-confinement encore était).

Les compagnons, constructeurs de cathédrales et de sanctuaires, telles collégiales et édifices religieux, nous ont laissés des messages au travers de leurs œuvres, les maîtres d’œuvre en firent des instruments de révélations et de réflexions. Sur ce site, j’aimerais consacrer des articles aux prospections et relevés que je fis de 2 chapiteaux historiés, puis, dans le chœur, et à la crypte, en thermes de cosmo-tellurisme (passionnée de géobiologie, je me suis faite vraiment plaisir à l’abbaye de Fleury, en traçant les belles ondes de forme précises que je souhaitais).

Dimensions de la basilique à l’intérieur (Tour-porche non comprise). Sa longueur est de 73 m, pour une largeur de 17 m.
Hauteurs : nef de 20 m, sanctuaire à 18 m et coupole à 24 m.

Depuis la nef

Je me tiens dans la nef, c’est le moment de s’arrêter quelques instants afin de capter des ambiances, celles d’un lieu notamment. Mentionné précédemment, ce n’est seulement qu’à la fin du XIIe siècle que la nef est achevée. Romane pour ce qui est de ses parties basses, elle présente 7 travées, des arcades et doubleaux qui sont légèrement brisés. Elle se présente couverte par des croisées d’ogives, alors que les collatéraux sont à voûtes d’arrêtes. Elle est éclairée par des fenêtres en plein cintre filtrant la lumière naturelle.

Selon les photos et descriptifs que j’ajoute au fur et à mesure des publications, il se peut que vous retrouviez d’une page à l’autre des chapitres d’articles des descriptions similaires.

En levant les yeux, on distingue de l’intérieur le linteau au-dessus de la porte. Au centre, est la Vierge à l’Enfant, d’une série de 9 arcatures (XIIe) et de chaque côté, une série de 4 apôtres. C’est un décor que l’on retrouve dans plusieurs tympans de l’époque. En fait, il donne sur la partie intérieure du linteau des reliques de Saint-Benoît (extérieur).

Le portail monumental fut longtemps la porte principale de la basilique, celle par où passaient les pèlerins venus prier Saint-Benoît.

Partie romane : de la nef vue vers l’orient, à l’abside.

D’ici on les distinguent, 5 grandes fenêtres ouvertes sous le cul-de-four de l’abside. Le matin par les grandes verrières, par celle du centre surtout, le Soleil illumine, travée par travée, le sanctuaire, le dallage, le transept et la nef. C’est l’heure de Laudes, autour des équinoxes particulièrement. Vers le milieu de la journée, par les grandes fenêtres du côté méridional, le mur nord de la nef est inonder de lumière jusqu’au soir.

De la nef à l’entrée dans le chœur.

J’évoque ici ce que nous voyons de l’extérieur bien sûr, qui est en correspondance directe avec cette porte ci-dessus. Au-dessus, on voit le Christ en majesté, enseignant. Sa main droite se lève pour bénir, tandis que sa gauche tient les Saintes Évangiles, ouvertes sur ses genoux. De la grandes photos du haut, en distingue (bord gauche). Des grilles étaient installées lors de mon passage, je n’ai pas pu m’approcher davantage pour photos.

Sur le côté nord de la nef, s’ouvre le portail recevant le superbe linteau représentant l’arrivée des reliques de Saint-Benoît à Fleury.

Visuel central : la relation entre la couverture gothique et les murs gouttereaux, qui ont conservé leur facture romane, les arcs ogifs venant reposer sur des chapiteaux encore dans un style ancien.

Chapiteaux – Nef

Parmi les chapiteaux à découvrir dans la nef, sont quelques historiés tels que Adam et Eve, le Sacrifice d’Abraham. Et des chapiteaux plus allégoriques. Quelques-uns ci-desous.

Art premier ?… Non, art roman XIe s.
Saint-Benoît
Benoît lisant en cellule

On parcours aussi des scènes de la vie de Saint-Benoît, surtout dans la partie romane de la nef. Puis en suivant le parcours de la nef jusqu’à l’entrée du chœur, on contemple quelque chapiteaux illustrant Benoît depuis sa grotte, à Subiaco- jusqu’aux événements qui se déroulèrent au Mont-Cassin. La figure que l’on retrouve essentiellement, est celle de ce haut dignitaire en prière, qui enseigne le chemin menant vers le paradis : Saint-Benoît recueillit ou lisant dans sa cellule, etc.

Comme le montre ce chapiteau, il est signé. Il y en a plusieurs d’ailleurs qui ont été signés comme celui-ci, ou bien qui portent des inscriptions. Depuis ceux de la Tour-porche, en est un remarquable et qui me parut à la fois très énigmatique : celui qui a une corbeille corinthienne signée d’Umbertus et où on peut lire « UMBERTUS ME FECIT »… Umbertus m’a fait…

Mais quel fascinant mystère, ce chapiteau extérieur qui se détache du lot (3ème pile de façade / comptée à partir du Nord), présentant ladite inscription . Sur le tailloir, et en son centre, on voit trois lions, dont deux crachent des liens. Amis lecteurs de passage ici, n’hésitez pas dans vos commentaires, à me dire, à nous dire.

Entrée du chœur : le chapiteau ci-dessus face gauche, illustre Saint-Benoît à l’entrée de la grotte, faisant le signe de croix devant le diable qui vient le tenter...
Sur le haut de la photo,
la main de Dieu bénissant.

Le problème auquel est confronté le moine est la solitude, qu’il expérimente dans sa vie et sa vocation. Un jour que le moine était seul, le tentateur se présenta. C’est ce que nous montre la scène du chapiteau ci-dessus : le diable tenant la femme par la main, pour l’amener vers Benoît (XIe s). La tentation se présente en deux moments successifs. Le 1° met en scène l’oiseau qui se mit à voltiger, approchant de son visage. Dans la mythologie, les oiseaux sont les symboles de l’âme et ont fréquemment un rôle prémonitoire, avertissant à l’avance de ce qui va arriver… Pensons au corbeau et à la colombe dans l’arche, que Noé lâche pour savoir si les eaux du déluge ont baissé. On perçoit ainsi le lien entre cet oiseau et la femme au second moment : non plus devant Benoît, mais dans son esprit. Ce chapiteau est tel un passage initiatique, allant de la maturité à la sainteté.

Le sacrifice : autre représentation de Benoît. On le voit dépouillé de son habit monastique, se roulant dans les ronces et les épines, trouvant matière de sacrifice (côté droit du même chapiteau). Et dans ce cas, les blessures de la peau servent d’exutoire à la blessure de l’âme.

Les stalles

Au milieu du XIXe siècle, les stalles du chœur sont placées à l’entrée de la nef. Elles ont été réalisées par deux huchiers d’Orléans, en 1943. L’espace clôturant le chœur, décrit la non possibilité pour les laïcs de s’approcher plus loin. Il s’agit de l’espace réservé aux moines, il contient les stalles, sièges des religieux. Sont célébrés dans le chœur de l’église les offices liturgiques qui rythment la journée et une partie de la nuit de la communauté monastique.

En fait, il s’agit de moments de recueillement pour des prières collectives. Six fois par jour, les moines y viennent chanter. La balustrade du chœur a été offerte par le cardinal de Richelieu, abbé commendataire en 1637

Au chœur

Il est entre le transept et l’abside, mais je ne parviens pas à remettre la main sur le cd vous le montrant dans ses détails d’architecture et de sculptures, excepté ce qui suit… Alors en attendant. Ne surtout pas manquer d’admirer le dallage de marbre polychrome autour de l’autel côté chœur de l’église abbatiale, lorsque nous y sommes. Ce que je fis, en prenant le temps. Une merveille ! Il s’agit d’une œuvre romaine datant du IVe siècle (ou Ve). Il a été apporté à Fleury pour orner l’église précédente.

Le vaste tapis s’étend comme une mosaïque, mais une mosaïque est formée de petits cubes tous semblables, ce qui n’est pas le cas ci-contre. Mais des morceaux de marbre ou de pierres taillés en disques, triangles, losanges etc. réunis en motifs géométriques. Le nom propre de tels pavements est opus sectile, mais on parle plus souvent de cosmati, du nom des marbriers romains qui se firent une spécialité de ce genre d’ouvrage, utilisèrent les matériaux fournis par les monuments antiques : celui de St-Benoît est unique en France.

D’après la photo que je fis : vous voyez, le motif principal associé à des champs de losanges ceinturant le disque porphyre (le cercle rouge-brun central), fait ressortir la blancheur de l’albâtre « saccharoïde » – symbolisme des rayons, l’intention solaire est évidente – qui s’oppose aux nuances plus sombres des divers marbres.

Le 4ème roi des Capétiens

Repose en paix devant l’autel majeur, sous le dallage du sanctuaire qui venait d’être achevé, Philippe Ier mort, est inhumé le 2 août 1108.

Roi dans sa huitième année, en 1060, il réussit durant un règne de près d’un demi-siècle, à étendre le domaine de la Couronne de France et à affermir une autorité royale.
Marié à 15 ans à Berthe de Flandre, il la répudie une vingtaine d’années plus tard et enlève Bertrade, femme du duc d’Anjou, ce qui lui vaut d’être excommunié par le pape.
Mort à Melun le 30 juillet 1108, il demanda à être enterré ici, auprès de Saint-Benoît « le pieux père de tous ces moines, dans son église, près de la Loire ».

Philippe Ier (1052-1108)

Fils de Henri Ier, roi de France, et d’Anne de Kiev, puis arrière-petit-fils de Hugues Capet.

La basilique au soir

Je découvre la Crypte

19 réponses sur « Abbaye de Fleury »

  1. Ca se voit que vous avez l’habitude d’entrer dans des églises Muriel ; vous nous rendez vos visites intéressantes. J’y suis allé mais je ne me souvenais pas d’autant de détails, chez moi, je visite mais je ne me souviens plus après, seulement ce qui m’est souvent principal à voir, merci pour votre article complet!

    J'aime

  2. Vous avez raison de parler de l’importance des ambiances que nous découvrons à nos visites, d’une église, si elle semble sombre ou éclairée qui rend la visite plus confortable. Je ne suis pas allé à saint Benoît sur Loire, mais elle est très belle et elle vaut pour moi une visite de ma part et d’autres visiteurs 😉

    Merci

    J'aime

  3. Ce roi ne doit pas dédaigner de reposer en paix dans une abbaye comme à Saint Benoît sur Loire 😉
    C’est dommage d’avoir coupé au niveau de la photo, mais votre article est très intéressant! Merci Muriel

    J'aime

  4. Merci Muriel, article très intéressant et moi aussi, je vais revenir découvrir votre article sur la crypte, ce type de visite me passionne et j’aime en visiter, accordant de l’importance à mon nombre de pas d’un bout à l’autre. Vos sujets de tellurisme ne peuvent pas mieux tomber, je suis passionné de ça ! 😉

    J'aime

  5. Cette église d’abbaye est unique pour moi et c’est justement ce que j’aime, visiter des églises comme celle que vous publiez dans cet article merci 😉 j’attends que vous publiez votre visite de la crypte, je ne savais pas qu’étaient des reliques dans cette magnifique abbaye.

    J'aime

  6. Muriel, cette visite est magnifique et visiblement, de nombreuses personnes facebook apprécient, depuis que vous l’avez publiez avant-hier. Ma question concerne cela ; combien de temps avez-vous passé dans l’église (seulement à l’église de saint Benoît-sur-Loire) pour y voir les éléments principaux d’une visite comme celle-ci?

    Un grand merci à vous, de belles fêtes de fin d’année.

    J'aime

  7. Je me suis posé ce type de question, peut-on y passer un temps uniforme, à Fleury, selon que je vais me trouver à la tour-porche ou que je visite l’intérieur de l’église ?

    😉 Un venu de Facebook et qui vous suit!

    J'aime

  8. Bonjour, pour moi, l’essentiel est de retirer quelque chose de la visite que vous avez faite et publiée Muriel. Si elle plait sur les réseaux, c’est que nous y trouvons ce quelque chose par vous, dans vos détails, les émotions que nous captons et vos partages. MERCI!

    Je ne pourrais pas la visiter tout de suite, c’est pourtant mis dans mon agenda de l’année prochaine 😉 😉 😉

    J'aime

  9. Bonjour du Jura.

    Encore de belles explications, je vais m’y retrouver mieux la prochaine fois que nous repasserons par la ville de Saint Benoît sur Loire et friands de patrimoine religieux. C’est un plaisir de vous lire, je ne connaissais pas votre blog et je suis venu dans des groupes de facebook, j’ai partagé votre article.

    Merci et belles fêtes de Noël, Muriel.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s