En Berry, il n’y a pas que les châteaux, les chemins creux et les vieilles pierres qui racontent le pays. Il y a aussi les bouchures. Cette photographie, je l’ai prise dans le bocage saint-amandois. Et lorsqu’on s’arrête quelques instants devant une bouchure, on comprend vite qu’il ne s’agit pas simplement d’une rangée d’arbustes plantés là pour faire joli. Pour moi, une bonne bouchure encore bien debout, c’est aussi une cantine à ciel ouvert ! Mésanges, rouge-gorges, merles… il y a toujours quelqu’un qui vient y déjeuner…
° philo des bouchures aussi

Une bouchure, c’est cette haie naturelle qui sépare les champs, borde les prairies et accompagne les chemins. Le mot change parfois de prononciation selon l’endroit. Dans le Pays-Fort, on parle volontiers de bouch’tures. Ailleurs, on retrouve aussi les haies plessées. Des mots différents, mais une même idée : celle d’un paysage façonné avec la nature plutôt que contre elle.
Autrefois, le petit peuple vivace
y batifollait
Dans les branchages plus ou moins épineur – l’épinette noire pour ne vous citer qu’elle, ou les petits piafs, les dames blanches y trouvaient assurémetn leur refuge, leur nid douillet; Au pied de la haie, les insectes, petits mammifères et autres habitants des campagnes avaient leur quartier général. La bouchure protégeait du vent, retenait l’humidité et dessinait ces paysages bocagers qui donnent au Berry une partie de son caractère.
L’épinette noire

Patrimoine & mémoire rurale
Et puis, il y avait le travail de l’agriculteur à charge d’entretenir sa haie vive. Avant le barbelé et la clôture électrique, il fallait bien empêcher les vaches, les moutons et les autres pensionnaires à quatre pattes de partir faire leur propre balade ! Alors, dans le Pays-Fort notamment, on pliait les branches, on les entrecroisait, on les liait : on plessait la haie.
Madame tricotait à la maison… Monsieur, pourrait-on dire, tricotait dehors ! Sauf qu’ici, les mailles étaient faites de branches et qu’elles avaient une mission très sérieuse : tenir le bétail à l’intérieur du pré. Une bonne bouchure évitait donc bien des escapades champêtres… et probablement quelques discussions animées avec le voisin lorsque les vaches décidaient de visiter son champ.
Avant de se demander quel assureur choisir pour couvrir les dégâts causés par le bétail du voisin, (paroles d’une berrichonne exe sarthoise)… mieux valait donc avoir une bonne haie ! La bouchure était ainsi à la fois clôture, garde-manger, abri, brise-vent et refuge pour la biodiversité. Un véritable ouvrage d’art rural, réalisé avec les matériaux du pays et le savoir-faire des générations précédentes. Aujourd’hui, certaines de ces haies ont disparu, victimes du remembrement, de l’arrachage ou simplement de l’évolution des pratiques agricoles. Pourtant, lorsqu’une bouchure subsiste au détour d’un chemin, elle continue de raconter quelque chose.
Elle raconte un Berry où l’on savait encore
composer avec Dame Nature

Regardez-la de près. Écoutez les oiseaux, observez les branches, les traces et les petits passages dans l’herbe. Vous ne regarderez peut-être plus jamais une bouchure de la même façon. Parce qu’au fond, derrière cette simple haie berrichonne, c’est tout un petit monde qui continue de vivre. Alors, lors de votre prochaine balade, ne passez pas trop vite devant une vieille haie LA bouchure.
La bouchure : quand la nature faisait aussi clôture
C’est notre façon patoisante de parler de ces haies naturelles qui séparent les champs et les prairies. Une haie, oui… mais pas seulement ! C’est aussi tout un petit monde vivant qui borde nos chemins et accompagne nos balades.
Dans le Pays-Fort, on parlera volontiers de bouch’tures. On y trouve également les fameuses haies plessées. Selon les contrées, le mot se prononce différemment, mais l’esprit reste le même : vivre avec la nature et savoir en tirer parti. Et autrefois, on savait faire ! Car si madame tricotait à la maison, monsieur, lui, faisait un peu la même chose… avec ses haies. Car oui, la bouchure avait essentiellemetn vocation paraticopratique, c’est à dire d’ empêcher les animaux de vagabonder aillerus que dans leru pré carré, délimité.
La bouchure n’était pas seulement une tradition, elle répondait aussi — et répond encore indirectement — à un vrai problème de voisinage rural. Car une vache, un mouton ou un cheval, quand l’envie lui prenait, ne demandait pas forcément la permission pour aller voir ce qui se passait dans le pré voisin ! Et à la campagne, une haie détériorée par le bétail du voisin n’est pas qu’une petite anecdote de clôture : c’est encore aujourd’hui une situation qui peut finir par faire l’objet d’une déclaration auprès de l’assureur. Une bouchure bien faite avait donc un avantage certain : elle gardait les bêtes à leur place… et contribuait à préserver la tranquillité entre voisins ! Comme quoi, bien avant les contrats d’assurance et les clôtures électriques, nos anciens avaient déjà trouvé une solution aussi naturelle qu’efficace : une bonne haie, quelques branches bien entrecroisées, et chacun chez soi !
De fait, avec une bonne bouchure, on évitait donc quelques escapades… et, par la même occasion, quelques conversations embarrassantes avec le voisin :
— « Dites donc, votre vache est encore chez moi ! »… un Taureau, peut-êtrte aussi, n’est-ce pas ! 😂
Et peut-être même quelques coups de téléphone à l’assureur pour expliquer que le bétail du voisin avait décidé de refaire le paysage à sa manière… Mais la bouchure ne servait pas qu’à retenir les bêtes. Elle abritait les oiseaux, les insectes et quantité de petits animaux. Elle protégeait du vent, conservait un peu de fraîcheur et dessinait ces paysages bocagers qui font encore aujourd’hui le charme de nos campagnes. Mais la bouchure ne servait pas qu’à retenir les bêtes. Elle abritait les oiseaux, les insectes et quantité de petits animaux. Elle protégeait du vent, conservait un peu de fraîcheur et dessinait ces paysages bocagers qui font encore aujourd’hui le charme de nos campagnes.
Alors, au détour d’un chemin, prenez le temps de regarder une bouchure. Derrière ses branches parfois tordues, derrière ses vieux troncs et ses feuillages, c’est un peu de la mémoire du Berry qui continue de pousser.
Un passage sur la bouchure,
et George Sand
Il fait le lien entre le paysage que l’on voit aujourd’hui et celui que les écrivains ont regardé avant nous.
Chantée par les poètes et les romanciers, la bouchure de nos paysages locaux, avec ses chemins creux et ses têteaux, n’a pas laissé George Sand indifférente.
Dans La Vallée Noire, paru en 1857 chez Michel Lévy, l’écrivaine décrit avec finesse ce paysage bocager si caractéristique du Berry. Elle évoque notamment ces pratiques coutumières qui accompagnaient autrefois l’entretien des haies, comme l’élagage des ormes, véritables silhouettes familières de nos campagnes. Sous sa plume, la bouchure n’est donc plus une simple ligne d’arbres séparant deux parcelles : elle devient un élément à part entière du paysage berrichon, façonné par les usages, le travail des hommes et le temps. Une haie que l’on pourrait presque qualifier de monument végétal… avec, pour toiture, le ciel du Berry !
La Haie, avec un grand H
Un H majuscule, pour rendre hommage à la Haie de nos campagnes.
À ces haies-là, vraiment méritantes, qui jadis réservèrent tant de bienfaits aux petits peuples de Dame Nature. Elles étaient leurs refuges, leurs garde-manger, leurs dortoirs et parfois même leurs salles de concert ! On y nidifiait tranquillement entre deux branches, les chouettes venaient s’y poser à la tombée du jour, tandis que mésanges, fauvettes et autres compagnons volatiles y faisaient entendre leur chant dans notre campagne profonde.
La Haie était en fait davantage qu’une séparation entre deux parcelles. Elle abritait tout un monde : insectes, oiseaux, petits mammifères, mousses et plantes… une véritable petite société vivant à l’abri de ses branches, ce qu j’évoque plus haut. Pour nous autres promeneurs, elle dessinait le paysage, bordait les chemins creux, protégeait du vent et donnait à nos campagnes cette intimité si particulière. gageons que lon peuisse parler encor au présent !
Les bouchures,
aujourd’hui devenues si rares
Dans certains de nos paysages, ont malheureusement payé un lourd tribut aux transformations de nos campagnes : arrachage des haies, remembrement, artificialisation des paysages, pesticides… Pourtant, elles ne servaient pas seulement à délimiter les parcelles et à contenir le bétail.
Elles constituaient de véritables refuges pour le vivant : abris, lieux de nidification, garde-manger et corridors naturels pour une multitude d’espèces. Oiseaux, insectes, petits mammifères, plantes sauvages… toute une biodiversité y trouvait à la fois gîte et couvert. Autrement dit, derrière ces quelques branches entrelacées se cachait un patrimoine naturel d’une richesse insoupçonnée. La bouchure était une clôture, certes… mais c’était surtout une petite réserve de nature en plein cœur de nos campagnes.
Aujourd’hui, lorsque certaines ont disparu, on mesure peut-être mieux tout ce qu’elles apportaient. Alors oui, un H majuscule pour la Haie.n’est pas a,odin de mon point de vue, ni excessif. Parce qu’elle mérite bien davantage qu’une petite lettre au milieu du paysage et qu’elle mérite, en termes de faiseuse de paysage, au mêem titre que nos moulins, nos lavoirs… notre mémoire, notre regard et, pourquoi pas, notre reconnaissance.
Pour conclure…
Imaginez… nous voilà partis à vélo sur l’un des itinéraires de randonnée proposés par le site Berry Au Cœur de France (pour les abonnés). Nos vélos avancent tranquillement, le paysage défile, et puis, au détour d’un chemin creux… stop ! Une bouchure nous invite presque à mettre pied à terre. Ob servons-la bien !.
Ses branches entrelacées, ses vieux arbres, ses feuillages un peu sauvages… Et surtout, écoutez ! Un oiseau chante, quelque chose remue dans les broussailles et, là-haut, sur un vieux têteau, une chouette nous observe peut-être avec la discrétion d’une véritable propriétaire des lieux. Nous sommes partis pour pédaler, et nous voilà finalement arrêtés devant une haie !
Mais c’est aussi cela, la randonnée : savoir prendre le temps de regarder ce que l’on aurait peut-être laissé derrière soi. Cette bouchure raconte une autre époque. Celle où les paysans plessaient les branches pour retenir le bétail, bien avant le barbelé et la clôture électrique. Une clôture naturelle, certes, mais aussi un formidable refuge pour les oiseaux, les insectes et tout un petit peuple du vivant.
Alors, si vous empruntez l’un des itinéraires à vélo de Berry Au Cœur de France, gardez l’œil ouvert !
Muriel A


Quelle belle découverte ! Je connaissais le mot « haie », mais pas celui de bouchure . J’aime énormément cet article lui ussi très vivant je rouve, et l’e passage de l’assureur petits mots du terroir qui racontent à eux seuls toute une histoire.
Merci beucoup!
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Ce soir au journal du 20h est passée l’annone qu’un remembrement de haies allait se faire sur toute la France. Des agriculteurs que l’on aura indemnisés pour arracher leurs haies, vont être payés pour en replanter. Dans le reportage à été montré ce qu’était la France d’avant, avec des haies bocagères, par rapport à une comparaison de platitude maintenant et les champs inondables sans haies. J’ai repensé à ton article Muriel, voilà un message.
Bises, belle journée amie.
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Bonjour Muriel,
Je confirme : à vélo, on découvre vraiment le paysage autrement. Et maintenant, je regarderai les haies avec un peu plus d’attention lors de mes prochaines sorties dans le Berry !
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Ah, les bouchures ! Cela me rappelle les promenades de mon enfance. On passait entre les chemins creux sans forcément se rendre compte de toute la vie qui se cachait dans les haies.
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Une haie, c’est effectivement beaucoup plus qu’une clôture. C’est un véritable immeuble pour la biodiversité : chaque étage a ses locataires ! 🐦🌿
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Bonjour, merci !
Chez nous, on disait surtout « bouch’ture ». Et mon grand-père savait les entretenir comme personne. Il aurait certainement eu beaucoup de choses à raconter sur le sujet !
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JMuriel, j »adore ce genre de patrimoine que l’on découvre en marchant. Une vieille haie peut sembler banale, puis dès qu’on connaît son histoire, on ne la regarde plus de la même façon.
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Fan de lectures de votre blog berrichon, j’avoue, j’aime beaucoup le Berry au coeur de France
Et les vaches fugueuses, vous en parlez ? 😂 Chez nous, certaines connaissaient parfaitement le chemin du pré voisin !
Joli blog qui sait parler à ses lecteurs, talentueux du patrimoine, bonne continuation Muriel.
Cordialement.
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Voilà un excellent article, Muriel, merci ! i
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Le rapprochement avec George Sand est particulièrement intéressant.
Le paysage que nous parcourons aujourd’hui était déjà observé et raconté au XIXe siècle.
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Simple promeneur, e vais avouer quelque chose : avant de lire ton article, pour moi une haie était une haie !
Maintenant je vais m’arrêter devant chacune d’elles 😄, Mumu !
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Merci pour votre blog u Berry, que ‘japprécie beaucoup aussi. C’est la première fois que je dépose un comentaire, il le mérite.
Le tricotage des haies m’a fait sourire. Mais c’était un vrai savoir-faire ! Il fallait connaître les arbres, savoir où plier, où couper et comment entrecroiser les branches. Les chemins creux et les bouchures donnent au Berry une ambiance vraiment particulière. On a parfois l’impression d’entrer dans un autre monde dès qu’on quitte la route.
Bravo à vous, une belle continuation que je souhaite à vos passions.
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Je retiens surtout une chose : désormais, à chaque sortie à vélo, je vais devoir prévoir du temps pour les vaches du voisin !
Grand merci à toi amie !
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