Cidessus, je montre l’une des mes photos : un splendide « homme feuillu » ou « homme vert », ce qu’il y a de plus ancré dans la tradition locale à l’intérieur de Saint Martin d’Ardentes.
Dans le silence d’une église romane, parmi les chapiteaux, les feuillages et les figures sculptées, un visage apparaît. Il est humain, mais quelque chose trouble immédiatement le regard. Des feuilles semblent surgir de sa bouche. Elles encadrent ses joues, envahissent son visage, se déploient autour de sa tête. Parfois, ce sont des branches qui jaillissent de ses lèvres ; parfois, le visage semble lui-même se transformer en végétation.

Ardentes (Indre)
Explicitement illustré sur mon passage.
Il y a des sculptures que je cherche, et puis, en sont d’autres qui me cherchent. Celles des éléphants sont sans doute le plus bel exemple. Je ne pensais pas forcément les rencontrer, et pourtant, à force de parcourir les églises romanes, ce sont elles qui ont fini par se mettre sur mon chemin. Une rencontre inattendue, de celles qui vous donnent ensuite envie de regarder partout !
Mais aujourd’hui, je reviens pour le Green Man. celui-là aussi, a cette manière bien particulière de se faire remarquer. Il ne surgit pas toujours au premier regard. Il faut parfois passer devant lui, regarder ailleurs, revenir, lever les yeux… et soudain le découvrir.
Un visage au milieu des feuilles, et on se demande aussitôt ce qu’un tel personnage peut bien faire là, encore que…
J’ai rencontré
un candidat berrichon très intéressant !
Il était caché dans les feuilles, pas vraiment caché, d’ailleurs, puisqu’il semblait plutôt avoir décidé de s’y installer. Un visage apparaît, pris dans le feuillage. Je m’approche. La bouche attire mon regard, parce que des feuilles semblent en sortir comme un souffle, des tiges se déploient en volutes et viennent s’enrouler autour du visage. D’accord, peut-être sentez-vous que je susi en train de mener une enquête, avec humour, plutôt que de donner immédiatement une définition du Green Man… Quoi qu’il en soit, voilà qui mérite de s’arrêter.

Je me touvais à Ineuil
Serait-ce lui, le fameux Green Man ?
Ci-dessus, ilme semblait plus cracheur de végétation qu’homme feuille, et cependant, c’est un vrai habitué de nos églises romanes berrichonnes les plus pétries de la tradition romane. Depuis que je me suis mis en tête de partir à sa recherche dans les églises romanes du Berry, je regarde les chapiteaux d’un autre œil. Je traque les visages qui se mêlent aux feuillages, les bouches d’où s’échappent des tiges, les figures qui semblent hésiter entre l’homme et la plante verte. Et celui-ci a tout de suite retenu mon attention, assurémetn, il a quelque chose d’absolumetn singulier. Sa façon bien à lui de surgir de la végétation, comme s’il y avait poussé avec elle.
Ou lui ?…
Me voilà donc, très sérieusement, à examiner un chapiteau roman comme si je venais de retrouver un suspect recherché depuis des siècles. À ceci près que mon suspect est en pierre, et que de s’enfuir ne fait partie de son plan. Et, entre nous, il semble assez peu impressionné par mon enquête. Je le regarde, je tourne autour du chapiteau — autant que le permet l’espace — et je me demande ce que je dois vraiment appeler « Green Man » et vous le restitueur au coeur de cet article.

Le drôle de bonhomme que nous désignons ainsi aujourd’hui n’a évidemment jamais porté ce petit nom au Moyen Âge, mais cela, je vasi y venir… Pour l’instant, je préfère rester devant lui. Après tout, lorsqu’un visage vous regarde depuis près de neuf siècles, la moindre des choses est de lui accorder quelques minutes. Il y a quelque chose d’assez malicieux dans ce visage, pas franchement souriant, pas vraiment inquiétant non plus. Il semble simplement savoir quelque chose que je ne sais pas encore.
Et puis il y a ces feuilles, elles ne se contentent pas de l’accompagner. Elles semblent sortir de lui, comme si le personnage avait commencé, un beau matin, à prendre racine. Une tige en sort, puis une autre. Elles s’épanouissent en volutes, avec ces courbes que les sculpteurs romans affectionnent tant. Quelques feuilles viennent compléter le mouvement. il me semble en traduire le souffle le symbole d’un souffle qui, au lieu de devenir parole, serait devenu feuillage. Et je comprends aussitôt pourquoi cette figure me plaît tant : elle ne raconte rien, ou du moins pas de manière évidente. Elle suggère et laisse notrer imagination faire le reste…
Alors, Green Man ou pas ?

Ici… plutôt masque
Voilà bien la question, car dès que l’on aperçoit un visage dans les feuilles, notre œil moderne a vite fait de s’écrier « Green Man ! »
Depuis quelques décennies, nous avons pris l’habitude de lui donner un nom : le Green Man, « homme vert ». Pourtant, ce nom est trompeur s’il nous fait croire que nous savons qui se cache derrière ce visage de feuillage. Pour comprendre cette étrange figure, il faut commencer par oublier ce que nous croyons savoir. Dans la pénombre d’une église romane, le regard se promène sur les pierres, s’arrête sur un chapiteau, suit une volute de feuillage… puis, soudain, découvre un visage.
Et finalement, cela lui va assez bien : le Green Man est une créature de pierre à laquelle nous avons donné un nom après coup, comme on baptiserait un voisin mystérieux que l’on croise depuis des années sans jamais avoir osé lui demander son prénom. Ce qui compte, pour l’instant, ce n’est donc pas de savoir si celui-ci est le Green Man. Regardons plutôt ce qu’il fait ! Selon mes relvés ,il se mêle aux feuilles, il s’y cache et il semble presque inviter à regarder ce qui se passe entre l’homme et le végétal, à moins qu’il nous initre à regarder au-delà des aparences. C’est là que la sculpture devient fascinante !
Un visage humain, nous savons ce que c’est, un feuillage, nous savons également ce que c’est. Mais ici, le sculpteur a décidé de ne pas choisir, ayant unit : la feuille qui encadre la joue, la tige qui prolonge la bouche, les volutes enveloppent la tête, alors que peu à peu, l’homme semble perdre ses contours, et ainsi, il n’est plus tout à fait homme. Voici mon interprétation de ce que j’observe.
Je ne sais pas si j’ai véritablement
trouvé le Green Man…
À vrai dire, je crois que ce n’est pas si important. J’ai trouvé des visages dans les feuilles, des feuilles sorties de bouches, des tiges devenues volutes, et surtout cette étrange sensation que la pierre pouvait encore pousser. Alors, chers lecterus et amis, Green Man ou simple masque feuillu ? Les sculpteurs romans n’avaient évidemment pas notre vocabulaire moderne. Il faut donc traquer dans les descriptions les expressions « masque feuillu« , « tête feuillue« , « visage dans le feuillage« , « feuillage sortant de la bouche« , « tête émergeant d’un rameau » ou bien encore « personnage parmi les feuillages« .
Je lui laisse volontiers le choix. Et de votre côté, je vous laisse bien volontiers le vôtre : dites-moi ce que vous en pensez et partagez votre regard en commentaires. Connaissez-vous, dans une église romane du Berry, un autre visage qui se cache dans les feuilles ?
Pour conclure l’artile, voici partagé ma photo faite à Déols…
Ce qui est « masques feuillus » – art roman

Source & observation personnelle : Observations de terrain et relevés personnels réalisés dans le cadre de « Berry Roman à vélo« , parcours effectués entre 2011 et 2019.
✑ Rédaction, texte, photographie.
Prospections, vérifications
Muriel Azemard — webmestre « Berry Au Coeur de France ».

