Maquette de l’ensemble clunisien

Je pense que l’abbaye de Déols nous fait découvrir, d’une manière toute particulière, les premiers enseignements de l’art roman en Berry. Ce qui subsiste aujourd’hui est certes peu de chose au regard de ce que fut autrefois l’ensemble monastique. Et c’est bien là toute la difficulté : comment reconstruire par la pensée une architecture dont il ne reste que quelques fragments ? Alors, il faut regarder autrement !

’histoire nous laisse quelques pierres, et c’est à nous de leur redonner un peu de vie par l’imagination.

En 1115, Déols possédait pas moins de 88 églises avec droits paroissiaux. Ces droits permettaient notamment à l’abbé de nommer les desservants et de percevoir les revenus du casuel, sans oublier la dîme. Voilà qui donne déjà une petite idée de la puissance et de la richesse de l’abbaye !

Et cela aide aussi à comprendre pourquoi l’architecture et le décor de Déols furent autrefois si riches. Après tout, avec un tel patrimoine religieux, il fallait bien que les pierres soient à la hauteur ! La grande majorité de ces églises à droits paroissiaux furent acquises à partir de 1093, dans le contexte de la mise en application de la Réforme grégorienne. À cette époque, Aldebert, abbé de Déols, fut élu archevêque de Bourges à la mort de Richard II.

Aldebert devint ainsi le deuxième prélat issu du clergé régulier à accéder au siège archiépiscopal. Deux autres lui succéderont dans cette voie. Ce contexte est important à plus d’un titre. Il permet notamment de mieux comprendre certains thèmes présents dans le décor sculpté de l’art roman, à condition, bien sûr, de vouloir s’intéresser à ce fameux… contexte !

Sans avoir une vision figée de l’art roman, apprendre à observer cette subtilité est particulièrement enrichissant. Les messages sont nombreux, parfois discrets, parfois beaucoup moins ! À Déols, le passé n’est donc jamais complètement passé. Il resurgit avec force dans le présent.

le meilleur signe de cette vitalité est peut-être tout simplement là, sous nos yeux : le site clunisien continue de recevoir de très nombreux visiteurs. Des siècles après les bâtisseurs, les pierres parlent encore. Et manifestement, nous sommes toujours nombreux à vouloir les écouter.

Sur ce qu’il reste visible
du mur sud du narthex

Les chapiteaux du site de l'Abbatiale de Déols Chapde10

La scène raconte un épisode biblique bien connu : Daniel, jeté dans la fosse aux lions, en ressortira vivant. À travers cette représentation, les sculpteurs romans ne cherchaient pas seulement à illustrer une histoire. La sculpture pouvait aussi transmettre un message, inviter à la réflexion et parler à ceux qui savaient regarder. À Déols, comme ailleurs dans l’art roman, la pierre devient alors un véritable livre ouvert. Encore faut-il prendre le temps de le lire.

Les chapiteaux du site de l'Abbatiale de Déols Chapde11

D’aucun nommerait le « Sagittaire »…

Les chapiteaux du site de l'Abbatiale de Déols Chapde12

Regardez maintenant ce chapiteau de plus près

Revenons à notre chapiteau.

Alors, regardez encore une fois ce chapiteau. Qu’est-ce qui vous paraît différent ?
Bonne observation !

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Les chapiteaux du site de l'Abbatiale de Déols Chapde20

Les chapiteaux du site de l'Abbatiale de Déols Chapde14


Les chapiteaux du site de l'Abbatiale de Déols Chapde16

À mon époque, ce lieu précis était simplement appelé « la plaine de jeux« . Ce n’était pas encore le site historique d’aujoud’hui, ni un ensemble de vestiges romans à essayer de comprendre. C’était tout simplement un endroit où l’on venait jouer, courir, s’amuser… et vivre ses journées jeunne. Et aujourd’hui, lorsque je regarde ces mêmes pierres avec le recul des années, le contraste me fait sourire. Le lieu n’a pas changé autant que mon regard sur lui.

Les chapiteaux du site de l'Abbatiale de Déols Chapde17
Les chapiteaux du site de l'Abbatiale de Déols Chapde21

Mais on ne peut pas évoquer l’histoire de l’abbatiale de Déols sans regarder aussi ce qui s’est construit dans son sillage. Car le clocher qui subsiste aujourd’hui témoigne d’une influence qui s’est exercée bien au-delà du seul site déolois. Il semble avoir fait école auprès d’églises « sœurs » du Berry.

Je pense notamment à la magnifique église romane Saint-Blaise de La Celle, près de Saint-Amand, mais aussi à l’église de Châteaumeillant et à plusieurs églises rurales, comme celles de Saint-Jeanvrin ou de Primelles. Autant de lieux où l’on peut encore retrouver quelque chose de cet héritage.

En passant par l’arrière de l’abbatiale, du côté de la porte Sud, je vous invite à lever les yeux et à prendre le temps d’observer un détail que l’on pourrait facilement laisser passer : le motif de feuille. Rien de bien spectaculaire au premier regard… et pourtant ! C’est justement ce genre de petit élément qui mérite notre attention. Dans l’art roman, les motifs végétaux occupent une place importante et peuvent prendre des formes très variées. Ici, une simple feuille devient à son tour un petit morceau du langage décoratif de l’édifice. Alors, si vous passez par cette porte lors d’une visite, ne filez pas trop vite ! Arrêtez-vous quelques secondes, regardez les formes, les lignes, la manière dont la pierre a été travaillée.

Les chapiteaux du site de l'Abbatiale de Déols Chapde24
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22 réponses sur « Chapiteaux & Vestiges Déolois »

  1. Cette beauté d’art roman à cette époque, incroyable, avec les possibilités qu’ils avaient à construire. Merci Muriel, quels beaux partages sur votre blog. Bonne journée.

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    1. C’est exact Annie, et prenant en compte leurs possibilités de l’époque, étaient aussi certaines grandes lois naturelles qu’ils joignaient à l’application.

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  2. Muriel, merci pour votre publication!

    C’est difficile je crois, à la vue des ruines que vous avez partagées en photos, d’imaginer ce qu’à pu être cette abbaye au seul clocher. Je suis de la Touraine, je ne connais donc pas du tout l’abbaye. Merci beaucoup.

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    1. J’ai lu votre message hier au soir, c’est pourquoi j’ai ajouté à l’article la photo que je fis quant à la maquette et la vidéo, lors de l’anniversaire des 1100 de l’abbaye Notre-Dame. Ces deux visuels venant compléter mon article, restituent toutes les lignes d’autrefois en présence. On se rend donc plus facilement compte du rayonnement de l’abbaye bénédictine qu’à été Déols.

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  3. Je suis à Boussac. Lorsque nous allons à Châteauroux, nous faisons un détour pour l’abbaye de déols. Dans ses ruines, on voit beaucoup aussi. Dommage que ce qu’il reste reste ne soit que ce clocher.

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  4. Merci de nous faire découvrir des petites pépites de la sorte, par vos commentaires et vos photos Muriel, toujours très intéressant.

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  5. Chouette votre sortie à Déols Muriel, merci du partage. J’ai eu l’occasion de prendre une photo l’an dernier mais pas au week end patrimoine.

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  6. Passionnant, cet article sur l’abbaye!
    Très agréable de vous lire dans vos domaines favoris Muriel.

    Merci et bonne journée à vous.

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  7. Toujours instructif, merci Muriel.

    La vidéo est aussi intéressante, elle fait comprendre mieux l’histoire, pour ce que nous ne pouvons plus voir maintenant de Deols.

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