Les amateurs d’histoire et les passionnés de patrimoine connaissent sans doute le site de l’abbaye de Déols, dans le Berry. Même si le temps a fait son œuvre, quelques vestiges sont encore là, témoins silencieux de ce que fut autrefois ce lieu remarquable. Des vestiges, mais aussi des fragments… Quelques pierres, quelques pans de murs, et cette impression étrange que l’histoire n’est jamais tout à fait partie.
Lorsque je vais me promener du côté de Châteauroux, il m’arrive encore de faire un détour par le site déolois. Je ne m’en lasse pas. Il suffit parfois de quelques vieilles pierres pour laisser vagabonder l’imagination et se demander à quoi ressemblait l’abbaye à l’époque où elle vivait pleinement. Le lieu a changé, bien sûr. Mais il reste quelque chose. Une présence discrète, presque une invitation à regarder autrement ce qui nous entoure. Et puis, avouons-le : en Berry, même une promenade tranquille peut rapidement prendre des airs de voyage dans le temps !
L’abbaye Bourg-Dieu,
le rayonnement de l’art roman
Fondée le 10 septembre 917, l’abbaye Bourg-Dieu s’inscrit dans la longue histoire du Berry et de son patrimoine religieux.
Dès ses origines, ce lieu va participer au rayonnement de l’art roman et devenir, au fil des siècles, un témoin précieux de cette époque où les pierres racontaient autant d’histoires que les livres. Aujourd’hui, il ne reste bien sûr plus tout ce que les siècles ont connu. Mais les vestiges qui subsistent permettent encore d’imaginer l’importance de ce site et la place qu’il occupait autrefois.
Près de onze siècles nous séparent de sa fondation. Onze siècles… Autant dire que les pierres ont eu largement le temps de voir passer du monde ! Et pourtant, elles sont toujours là, discrètes mais tenaces, pour nous rappeler que l’histoire du Berry ne demande parfois qu’à être regardée d’un peu plus près. Mais comment imaginer, aujourd’hui, la grandeur de ce qui fut autrefois une architecture si imposante et un lieu d’un tel rayonnement spirituel, alors qu’il ne nous en reste que quelques vestiges ?
La question reste ouverte… Peut-être est-ce justement au visiteur de laisser travailler son imagination. Les bâtiments conventuels, le clocher et les quelques éléments encore visibles semblent conserver, malgré les siècles, une mémoire silencieuse. Il suffit de les regarder un peu attentivement pour sentir que ces pierres ont encore quelque chose à nous raconter.
Cette histoire, aussi riche que celle de l’abbaye elle-même, me fascine toujours. J’aime revenir ici, prendre le temps d’observer les détails et de me laisser surprendre par ce qui a résisté au temps. Et puis il y a ces pierres remarquables, véritables petits trésors de l’architecture romane. Je ne peux m’empêcher de les regarder comme des pierres précieuses, solidement posées dans l’édifice, entre la base des colonnes et leurs chapiteaux sculptés. Elles sont là depuis des siècles. Nous passons devant elles en quelques minutes. Mais elles, elles ont vu passer toute une histoire.
Et c’est peut-être cela qui me plaît le plus : venir à la rencontre d’une pierre, c’est parfois venir à la rencontre de ceux qui l’ont taillée, façonnée et contemplée bien avant nous.

Maquette de l’ensemble clunisien
Les vestiges que nous pouvons encore observer aujourd’hui nous donnent, malgré tout, une représentation de ce qui fut autrefois. Ils montrent ce qui a résisté au temps, mais ils suggèrent aussi tout ce qui a disparu.
Selon la tradition, l’itinéraire roman de Déols est riche de messages. À sa source se trouve véritablement une certaine conscience de l’art, de ses formes et de ce qu’il voulait transmettre. Lorsque je retourne sur le site, je me livre chaque fois à une profonde réflexion. Il faut prendre son temps, regarder calmement, faire le tour de ce qui demeure encore visible. Ici, chaque pierre semble mériter que l’on s’arrête quelques instants.
Je pense que l’abbaye de Déols nous fait découvrir, d’une manière toute particulière, les premiers enseignements de l’art roman en Berry. Ce qui subsiste aujourd’hui est certes peu de chose au regard de ce que fut autrefois l’ensemble monastique. Et c’est bien là toute la difficulté : comment reconstruire par la pensée une architecture dont il ne reste que quelques fragments ? Alors, il faut regarder autrement !
Observer une pierre, suivre la ligne d’un mur, détailler un chapiteau, imaginer une colonne là où elle n’est plus… Peu à peu, les vestiges cessent d’être de simples ruines. Ils deviennent les morceaux d’un grand puzzle dont nous ne possédons malheureusement plus toutes les pièces. L’histoire de Déols nous a laissé quelques belles pierres, et c’est à nous de leur redonner un peu de vie par notre imagination fertile.
’histoire nous laisse quelques pierres, et c’est à nous de leur redonner un peu de vie par l’imagination.
Le passage ci-dessous est particulièrement intéressant parce qu’il apporte le contexte – auquel je reste très attachée. Ici, un contexte historique qui permet de comprendre la richesse de Déols 😊
Vidéo : anniversaire de l’abbaye
En 1115, Déols possédait pas moins de 88 églises avec droits paroissiaux. Ces droits permettaient notamment à l’abbé de nommer les desservants et de percevoir les revenus du casuel, sans oublier la dîme. Voilà qui donne déjà une petite idée de la puissance et de la richesse de l’abbaye !
Et cela aide aussi à comprendre pourquoi l’architecture et le décor de Déols furent autrefois si riches. Après tout, avec un tel patrimoine religieux, il fallait bien que les pierres soient à la hauteur ! La grande majorité de ces églises à droits paroissiaux furent acquises à partir de 1093, dans le contexte de la mise en application de la Réforme grégorienne. À cette époque, Aldebert, abbé de Déols, fut élu archevêque de Bourges à la mort de Richard II.
Aldebert devint ainsi le deuxième prélat issu du clergé régulier à accéder au siège archiépiscopal. Deux autres lui succéderont dans cette voie. Ce contexte est important à plus d’un titre. Il permet notamment de mieux comprendre certains thèmes présents dans le décor sculpté de l’art roman, à condition, bien sûr, de vouloir s’intéresser à ce fameux… contexte !
Les paroisses placées sous la nomination de l’abbé de Déols se trouvaient, pour leur grande majorité, à l’ouest du Cher, dans ce que l’on appelait le Bas-Berry. À l’est, dans le Haut-Berry, elles étaient beaucoup moins nombreuses. La Celle-Bruère pourrait même constituer une exception. Cette répartition ne semble pas pouvoir s’expliquer uniquement par des considérations religieuses : les raisons politiques y jouent également un rôle important. C’est ce qui rend à mon sens l’étude de Déols si passionnante !
Il ne suffit pas de regarder les pierres ; il faut aussi essayer de comprendre les messages qu’elles pouvaient transmettre.
Sans avoir une vision figée de l’art roman, apprendre à observer cette subtilité est particulièrement enrichissant. Les messages sont nombreux, parfois discrets, parfois beaucoup moins ! À Déols, le passé n’est donc jamais complètement passé. Il resurgit avec force dans le présent.
le meilleur signe de cette vitalité est peut-être tout simplement là, sous nos yeux : le site clunisien continue de recevoir de très nombreux visiteurs. Des siècles après les bâtisseurs, les pierres parlent encore. Et manifestement, nous sommes toujours nombreux à vouloir les écouter.
Qu’allez-vous y découvrir ?
Je vos déjà plusieurs réponses possibles ! Car à Déols, la découverte ne se fait pas forcément en une seule fois. Elle vient peu à peu, au fil de la visite, de ce que l’on observe, de ce que l’on comprend… mais aussi de ce que l’on ressent. Il faut prendre le temps de parcourir le site, de regarder les vestiges, de s’arrêter devant un détail que l’on n’avait peut-être pas remarqué au premier regard. Cette visite peut devenir une véritable découverte initiatique. Et quelques écrits consacrés à l’abbatiale peuvent également nous ouvrir certaines portes, nous aider à mieux comprendre ce que les pierres cherchent encore à nous raconter… Car plus on apprend sur le terrain, plus on observe avec minutie et patience, plus notre regard change. Paroles de Berrichonne.
Un chapiteau n’est plus seulement une sculpture. Une pierre n’est plus seulement une pierre. Un vestige devient alors le fragment d’une histoire beaucoup plus vaste. Et je le redis, parce que c’est une conviction qui m’accompagne lorsque je visite et reviste ces lieux de mon passé : à mon sens, il n’y a pas de hasard… j’y ai trouvé là une dimension essentielle.
Sur ce qu’il reste visible
du mur sud du narthex
Iconographie / Scène biblique : « Daniel dans la fosse aux lions ».
Parmi les vestiges encore visibles du mur sud du narthex, un détail attire particulièrement le regard : la scène historiée de « Daniel dans la fosse aux lions« . Ce chapiteau est d’une présentation assez rare. Il mérite que l’on s’y attarde, car derrière la pierre sculptée se cache bien davantage qu’un simple élément de décor.
La scène raconte un épisode biblique bien connu : Daniel, jeté dans la fosse aux lions, en ressortira vivant. À travers cette représentation, les sculpteurs romans ne cherchaient pas seulement à illustrer une histoire. La sculpture pouvait aussi transmettre un message, inviter à la réflexion et parler à ceux qui savaient regarder. À Déols, comme ailleurs dans l’art roman, la pierre devient alors un véritable livre ouvert. Encore faut-il prendre le temps de le lire.
Et devant ce chapiteau, on se retrouve finalement dans une situation assez amusante : nous avons les yeux pour regarder, mais il nous faut parfois quelques clés pour comprendre ce que les hommes du Moyen Âge voyaient, eux, avec beaucoup plus d’évidence. C’est précisément ce qui rend ces vestiges si passionnants ! Je ne m’en lase pas sur chacun de mes retours. J’avouee apprécier particulièremetn le nartex.
Selon les symboles de l’art roman : le Centaure
D’aucun nommerait le « Sagittaire »…
Autre figure à rencontrer dans le décor roman, le Centaure, il est courrnt et occupe une place particulière. Mi-homme, mi-cheval, cette créature étrange semble tout droit sortie d’un monde imaginaire. Pourtant, dans les sculptures romanes, les animaux fantastiques et les êtres hybrides ne sont pas là uniquement pour faire joli ou pour donner un peu de travail aux sculpteurs !
Ils peuvent porter un message, évoquer une idée, une vertu ou au contraire représenter les forces auxquelles l’homme doit faire face. À Déols, observer cette représentation incarnée sur chapiteau, nous invite donc à aller au-delà de la simple apparence.
Au contraire, il est tout à fait nécesaire d’y voir une « posture », une « gestuelle », l’arc bandé comme « attributs » indiquant la « direction » et les « personnagese qui l’entourent – Paroles d’une symboliste passionnée. Le Centaure n’est donc peut-être pas seulement une créature fantastique sculptée dans la pierre. Il est aussi une invitation à chercher le sens codé, crypté derrière l’image.
Dans l’art roman, une sculpture peut être une véritable énigme de pierre, et comme toujours, plus vous prendre le temps de regarder, plus les détails vous apparaîtront ave clarté.
Comment décrypter ce chapiteau ?
La première difficulté est souvent de savoir quoi regarder. Alors, mes chers lecteurs, maintenant que nous avons le Centaure en bonne compagnie, sous les yeux… qu’allons-nous bien pouvoir lui faire dire ? 😊
Sur le terrain, j’en vois parfois s’approcher, lever les yeux, chercher le détail qui nous permettra de comprendre ce que le sculpteur a voulu nous transmettre. Et je dois bien avouer que c’est aussi ce que j’aime dans ces visites : nous sommes tous devant la même pierre, mais nous ne voyons pas forcément la même chose.
Alors, comment décrypter ce chapiteau ?
Il faut commencer par regarder… vraiment regarder !
La position des personnages, leurs gestes, leurs visages, les animaux, les formes qui les entourent. Rien ne doit être écarté trop rapidement. Et surtout, ne nous précipitons pas pour trouver LA bonne réponse. L’art roman n’est pas un questionnaire à choix multiple avec la correction au dos !
Les sculptures romanes utilisent un langage symbolique dont certaines clés nous échappent encore. Nous pouvons donc observer, comparer, chercher dans les textes et les traditions de l’époque… puis proposer des interprétations.
Lorsque nous sommes ensemble sur le site, chacun apporte son regard. Une remarque en entraîne une autre, un détail attire l’attention, une hypothèse apparaît… et parfois, quelqu’un pose LA question à laquelle personne n’avait pensé. C’est ainsi que les vieilles pierres deviennent soudain beaucoup plus bavardes !
Alors, devant ce que crois être deux « volatiles » fantastiques, où chacun passe de la bouche à l’oreille de deux têtes de montres placées dans les angles du chapiteau, je vous propose de ne pas seulement regarder ce que nous avons sous les yeux…
Regardons, cherchons, discutons…
et laissons-nous aussi le droit de nous tromper
Après tout, nous ne sommes pas venus passer un examen d’Art Roman. Nous sommes venus rencontrer une histoire. Et si, au passage, quelques mystères restent accrochés à la pierre, et cette petite autodérision lorsque le symbole nous résiste, ma foi… cela nous donnera une excellente raison de revenir !
Regardez maintenant ce chapiteau de plus près
Deux animaux fantastiques semblent se répondre. Une iconographie pour le moins étonnante ! Et si l’interprétation symbolique nous échappe encore, ce n’est peut-être pas une raison pour bouder notre plaisir. Ce chapiteau est une œuvre remarquable. Les grands canons de la sculpture romane du milieu du XIIᵉ siècle y sont parfaitement maîtrisés. Les formes, la composition et l’exécution témoignent du savoir-faire d’un artiste qui connaissait manifestement très bien son métier.
Alors, que veut-il exactement nous dire ? Voici une question qui reste ouverte. Après tout, si nous n’arrivez à rien en terme d’interprétation symbolique, ne gâchez surtout pas le plaisir de vos yeux, amis ! Saluez simplement l’artiste… Il nous a laissé de quoi nous creuser la tête plusieurs siècles plus tard, ce qui n’est déjà pas si mal !
Sur la corbeille, on distingue donc deux animaux, ainsi qu’un troisième qui vient s’accoler à l’angle de départ. Au centre de la composition apparaissent deux visages, aux traits qui évoquent les modèles corinthiens. L’ensemble forme une décoration animalière particulièrement riche, presque comme si les créatures avaient voulu sortir de la corbeille du chapiteau pour venir prendre leur place dans notre regard. Ce motif roman illustre une composition complexe, foisonnante, où les animaux, les visages et les formes semblent s’entremêler. Et devant une telle sculpture, je crois qu’il faut parfois savoir faire simple : regarder, admirer… et laisser aux pierres une part de leur mystère. Car enfin, après plus de huit siècles, elles ont bien le droit de garder quelques secrets.
Viollet-le-Duc
avait déjà remarqué le talent du sculpteur
Ce chapiteau n’a pas seulement attiré notre attention aujourd’hui. Monsieur Viollet-le-Duc, lui non plus, ne l’a pas trouvé curieux. Il y voyait plutôt un « remarquable exemple de composition et de finesse de travail« . Un jugement que l’on retrouve dans son Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIᵉ au XVIᵉ siècle, publié en 1856. Et cela mérite d’être souligné : Viollet-le-Duc n’était pas un symboliste. C’était avant tout un architecte. Son regard portait donc ici sur la composition et la qualité du travail, plutôt que sur une éventuelle interprétation symbolique de la scène.
Revenons à notre chapiteau.
Les chapiteaux corinthisants, ou dérivés corinthien, obéissent traditionnellement à une organisation très structurée. Ils présentent notamment deux plans de symétrie : le plan médian et le plan diagonal. Tout devrait donc être bien rangé, mais voilà… Les artistes romans aiment parfois mettre un petit grain de sable dans cette belle mécanique ! En fait, ils s’attachent à rompre la symétrie d’une manière ou d’une autre, parfois très subtilement. Un détail change de côté, une figure se décale, une forme vient perturber l’équilibre attendu.
Certains y voient simplement une facétie du sculpteur. Pour ma part, j’ai un peu de mal à le croire. Après tout, quand on maîtrise aussi bien son art, il est difficile d’imaginer que ces écarts soient toujours le fruit du hasard ou d’un simple caprice.
Alors, facétie ? Message ? Liberté artistique ? Ou tout simplement le plaisir de ne pas faire exactement comme tout le monde ? Je vous laisse y réfléchir ! Parfois, le détail qui vient déranger la symétrie est précisément celui qui nous oblige à mieux regarder.
La dissymétrie,
une piste, pas une certitude
Au contraire, c’est souvent dans cette dissymétrie que peut se cacher une clé d’interprétation. J’ai bien dit souvent… pas toujours ! Et surtout, rien ne nous permet d’affirmer que cette règle, qui n’en est d’ailleurs pas vraiment une, s’applique ici. Il faut donc rester prudent, atttendu qu’il ne s’agit que d’une piste.Une piste intéressante toutefois, car elle nous pousse à regarder autrement.
Au lieu de chercher immédiatement une explication toute faite, observons ce qui change, ce qui détonne, ce qui semble volontairement placé là où on ne l’attendait pas. C’est peut-être un simple choix artistique, c’est peut-être davantage.
À nous de chercher, de comparer, de discuter… et pourquoi pas de nous tromper ! Après tout, une bonne observation commence souvent par une bonne question.
Alors, regardez encore une fois ce chapiteau. Qu’est-ce qui vous paraît différent ?
Bonne observation !
Retour devant le narthex
J’y retourne maintenant. C’est ici que je vous propose de poursuivre notre observation. Sur la façade ouest du clocher, du côté du mur du narthex, vous découvrirez une nouvelle figure qui mérite à son tour que l’on s’y attarde. Pas besoin de courir, les pierres sont là depuis suffisamment longtemps pour nous attendre. 😊
Prenons simplement le temps de regarder cette façade et de repérer la figure dont je vous parle. Encore une fois, l’objectif n’est pas seulement de voir ce qui est devant nos yeux, mais d’essayer de comprendre pourquoi cette représentation a été placée ici.
Levez les yeux, observez les détails… et voyons ensemble ce que cette nouvelle sculpture va bien vouloir nous raconter.
Façade Ouest du clocher
mur du narthex
Vestige de la Sirène
Au mur Sud du narthex
Nous voici maintenant devant un autre vestige, et pas des moindres : une sirène, encore visible sur le mur sud du narthex. Il ne reste malheureusement qu’un fragment de cette représentation, et c’est bien dommage. Car cette figure devait certainement avoir beaucoup plus à nous montrer lorsqu’elle était encore complète.
Aujourd’hui, elle se laisse deviner davantage qu’elle ne se révèle. Mais après tout, peut-être est-ce aussi le charme des vestiges. Ils ne nous livrent jamais toute leur histoire. Il faut accepter les morceaux, les détails incomplets, les formes abîmées… et laisser notre imagination faire le reste.

Alors, devant cette sirène, regardons ce qui demeure plutôt que de regretter uniquement ce qui a disparu. Même mutilée par le temps, elle continue de nous faire signe depuis la pierre. Et rien que pour cela, elle mérite encore aujourd’hui que nous lui accordions un peu de notre attention.
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Depuis la façade Sud
Depuis la façade sud, un autre détail attire le regard : une ouverture aujourd’hui murée, visible dans la partie haute du narthex.
À première vue, ce n’est peut-être qu’un élément architectural parmi d’autres. Pourtant, comme souvent à Déols, il suffit de lever les yeux pour que les questions commencent.
À quoi servait cette ouverture ? Que permettait-elle d’éclairer ou de voir autrefois ? Et surtout, pourquoi a-t-elle été murée ?
Voilà encore un de ces petits détails qui nous rappellent que le monument que nous observons aujourd’hui n’est pas exactement celui que connaissaient les hommes du Moyen Âge. Les siècles ont transformé les lieux, bouché certaines ouvertures, déplacé des éléments, fait disparaître d’autres traces. Mais une ouverture murée reste une ouverture qui nous pose une question. Et à Déols, les questions ne manquent décidément pas !
Lorsque Déols
était aussi « terrain de jeux »
À mon époque, ce lieu précis était simplement appelé « la plaine de jeux« . Ce n’était pas encore le site historique d’aujoud’hui, ni un ensemble de vestiges romans à essayer de comprendre. C’était tout simplement un endroit où l’on venait jouer, courir, s’amuser… et vivre ses journées jeunne. Et aujourd’hui, lorsque je regarde ces mêmes pierres avec le recul des années, le contraste me fait sourire. Le lieu n’a pas changé autant que mon regard sur lui.
Aujourd’hui, j’y reviens pour observer les vestiges, chercher les détails, essayer de comprendre les sculptures et faire parler les pierres. Comme quoi, on peut fréquenter un lieu pendant des années sans savoir qu’il nous réserve encore quelques secrets ! Et quelque part, la petite fille qui venait jouer dans cette « plaine de jeux » n’est peut-être jamais très loin. Elle continue simplement, aujourd’hui, à explorer les lieux autrement.
L’héritage vivant de Déols
Il y a ici une grande âme. Une âme très incarnée par son époque, qui a vu passer des générations, qui a connu les prières, les cérémonials, les visiteurs, les bâtisseurs… et qui continue, malgré les siècles, à habiter ces quelques pierres qui nous sont parvenues.
Mais on ne peut pas évoquer l’histoire de l’abbatiale de Déols sans regarder aussi ce qui s’est construit dans son sillage. Car le clocher qui subsiste aujourd’hui témoigne d’une influence qui s’est exercée bien au-delà du seul site déolois. Il semble avoir fait école auprès d’églises « sœurs » du Berry.

Je pense notamment à la magnifique église romane Saint-Blaise de La Celle, près de Saint-Amand, mais aussi à l’église de Châteaumeillant et à plusieurs églises rurales, comme celles de Saint-Jeanvrin ou de Primelles. Autant de lieux où l’on peut encore retrouver quelque chose de cet héritage.
C’est ce qui me frappe lorsque je parcours cesL édifices : Déols n’a pas seulement laissé des pierres. Il a laissé une empreinte. Et cette empreinte reste particulièrement vivace. Dans chacune de ces églises, chacun peut ressentir quelque chose de différent. Une atmosphère, une émotion, une ferveur peut-être. Pour certains, elle sera spirituelle ; pour d’autres, elle sera simplement liée à la beauté du lieu, à son histoire et à ce qu’il nous transmet encore. Mais comment parler autrement d’un lieu dont il ne reste finalement que si peu, et qui parvient pourtant à nous donner encore autant à ressentir ?
Le motif de feuille
En passant par l’arrière de l’abbatiale, du côté de la porte Sud, je vous invite à lever les yeux et à prendre le temps d’observer un détail que l’on pourrait facilement laisser passer : le motif de feuille. Rien de bien spectaculaire au premier regard… et pourtant ! C’est justement ce genre de petit élément qui mérite notre attention. Dans l’art roman, les motifs végétaux occupent une place importante et peuvent prendre des formes très variées. Ici, une simple feuille devient à son tour un petit morceau du langage décoratif de l’édifice. Alors, si vous passez par cette porte lors d’une visite, ne filez pas trop vite ! Arrêtez-vous quelques secondes, regardez les formes, les lignes, la manière dont la pierre a été travaillée.
Même une feuille peut avoir son mot à dire ! Comme souvent, il suffit de ralentir un peu pour découvrir ce que l’on aurait facilement manqué en passant trop vite.
Masques figuratifs de l’art roman
Je dois vous avouer que j’aime beaucoup ceux-ci. Regardez-les bien : on dirait presque qu’ils se sont réunis pour un petit conciliabule, à l’abri des regards. Que peuvent-ils bien se raconter depuis tous ces siècles, partager ?
Évidemment, la pierre reste muette… enfin, en apparence ! Ces visages sculptés nous parlent malgré tout. Par leurs expressions, leur position, leur proximité, ils donnent une véritable présence au décor. J’aime particulièrement cette impression de dialogue silencieux. On pourrait presque imaginer deux personnages absorbés dans une conversation dont nous n’aurions pas été invités à entendre la fin. C’est cela qui me plaît tant dans ces sculptures : elles donnent de la vie à la pierre.
Une veine qui m’inspire…
J’aime beaucoup cette veine jaillissante dans la pierre. À chacun de mes retours, je prends plaisir à l’observer dans ses moindres détails. La lumière change, mon regard aussi, et pourtant cette forme continue de m’attirer. Je l’ai photographiée à plusieurs reprises.
Sans doute parce qu’elle me raconte quelque chose à chaque fois… ou peut-être parce que je cherche encore à comprendre ce qui, dans ce détail pourtant immobile, parvient à me toucher autant. C’est curieux, tout de même, la relation que l’on peut finir par avoir avec une pierre ! On revient la voir, on la reconnaît, on la photographie encore… comme si elle allait finir par nous révéler un jour ce qu’elle garde précieusement pour elle.
Et peut-être est-ce justement cela que j’aime à Déols : il y a toujours un détail qui nous échappe, une forme qui nous interpelle, une pierre qui nous donne envie de revenir. Alors oui, cette veine-là, je l’aime beaucoup. Et manifestement, elle le sait : je suis revenue la photographier plus d’une fois !
Source & observation personnelle : Observations de terrain et relevés personnels réalisés dans le cadre de « Berry Roman à vélo », parcours effectués entre 2011 et 2019.
✑ Rédaction, texte, photographie :
Recherches, vérifications d’orientation et photographies
Par Muriel Azemard — créatrice « Berry Roman à vélo.













Cette beauté d’art roman à cette époque, incroyable, avec les possibilités qu’ils avaient à construire. Merci Muriel, quels beaux partages sur votre blog. Bonne journée.
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C’est exact Annie, et prenant en compte leurs possibilités de l’époque, étaient aussi certaines grandes lois naturelles qu’ils joignaient à l’application.
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Magnifique !
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Remarquable encore ;)
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Muriel, merci pour votre publication!
C’est difficile je crois, à la vue des ruines que vous avez partagées en photos, d’imaginer ce qu’à pu être cette abbaye au seul clocher. Je suis de la Touraine, je ne connais donc pas du tout l’abbaye. Merci beaucoup.
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J’ai lu votre message hier au soir, c’est pourquoi j’ai ajouté à l’article la photo que je fis quant à la maquette et la vidéo, lors de l’anniversaire des 1100 de l’abbaye Notre-Dame. Ces deux visuels venant compléter mon article, restituent toutes les lignes d’autrefois en présence. On se rend donc plus facilement compte du rayonnement de l’abbaye bénédictine qu’à été Déols.
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Muriel vous faites et publiez un blog intéressant, félicitations pour tout.
Cordialement.
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Merci Joachim ;)
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Très intéressant Muriel.
Merci.
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Ces églises romanes, modestes ou plus vastes, renferment des trésors quand on sait les chercher.
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Toujours des photos et commentaires très enrichissants avec Berry au Coeur de France!
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Tiens, tiens ! ;) Après t’être bien repu sur Miam, tu me fais la gentilles de ta visite.
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ll est superbe ce cocher à Déols, merci beaucoup.
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J’ai visité Déols plusieurs fois, nous sommes de Bommiers pas loin.
Merci à vous Muriel, superbe.
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merci pour vos sympathiques partages Muriel.
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Je suis à Boussac. Lorsque nous allons à Châteauroux, nous faisons un détour pour l’abbaye de déols. Dans ses ruines, on voit beaucoup aussi. Dommage que ce qu’il reste reste ne soit que ce clocher.
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Merci de nous faire découvrir des petites pépites de la sorte, par vos commentaires et vos photos Muriel, toujours très intéressant.
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Je vous remercie aussi pour vos visites au site, Elliott ;)
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Chouette votre sortie à Déols Muriel, merci du partage. J’ai eu l’occasion de prendre une photo l’an dernier mais pas au week end patrimoine.
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Lorsque l’on se trouve sur le site, en en revient rarement bredouille et cela, dans tous les sens du therme.
Au plaisir Nicole ;)
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Passionnant, cet article sur l’abbaye!
Très agréable de vous lire dans vos domaines favoris Muriel.
Merci et bonne journée à vous.
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Toujours instructif, merci Muriel.
La vidéo est aussi intéressante, elle fait comprendre mieux l’histoire, pour ce que nous ne pouvons plus voir maintenant de Deols.
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