Si vous me suivez, je vous propose une promenade historique dans l’une des villes les plus singulières du Berry. Bienvenue à Aubigny-sur-Nère, au nord du département du Cher. Ici, les maisons à pans de bois se reflètent dans les eaux tranquilles de la Nère, tandis que les rues semblent avoir gardé le souvenir de ceux qui les ont parcourues il y a plusieurs siècles.
Avant même de lever les yeux vers les façades, prenons un instant pour écouter ce que son nom a à nous raconter. À l’époque gallo-romaine, la cité s’appelait Albiniacum, du nom d’un propriétaire nommé Albinius. Les siècles ont transformé ce nom sans en effacer l’origine, et aujourd’hui encore, les habitants sont fièrement appelés les Albiniens et les Albiniennes.
Au Moyen Âge, Aubigny était protégée par quatre portes : la Porte du Château, la Porte Sainte-Anne, la Porte d’Argent et la Porte des Foulons. Derrière ces remparts s’écrivait déjà une histoire qui allait dépasser les frontières du royaume.
Tout commence véritablement au XIIᵉ siècle. En 1178 ou 1179, le roi Louis VII place les terres d’Aubigny et de Ragis sous sa protection. La seigneurie demeure dans le domaine royal jusqu’à la fin du XIIIᵉ siècle, avant de passer au duc Jean de Berry. À sa mort, en 1416, elle revient à la Couronne. Mais c’est quelques années plus tard qu’un événement va changer à jamais le destin de la ville. Nous sommes en pleine guerre de Cent Ans. Le futur Charles VII, réfugié à Bourges, reçoit le précieux soutien de plus de dix mille soldats écossais. Cette aide n’est pas le fruit du hasard : elle s’inscrit dans une alliance ancienne entre les royaumes de France et d’Écosse, connue sous le nom d’Auld Alliance.
Pour remercier le chef écossais John (Jean) Stuart de Darnley, connétable de l’armée écossaise, Charles VII lui offre en 1423 la seigneurie d’Aubigny-sur-Nère. Ce geste marque le début d’une aventure exceptionnelle qui fera d’Aubigny la « cité des Stuarts ».
Les générations suivantes de la famille Stuart laisseront une empreinte profonde dans la ville. Bérault Stuart, puis Robert Stuart d’Aubigny, participeront notamment aux campagnes d’Italie sous le règne de François Ier.
C’est également sous leur influence que s’élèvent le château des Stuarts – ci-dessous – reconstruit au début du XVIᵉ siècle, le château de La Verrerie, mais aussi les magnifiques maisons à pans de bois /.. aussi.qui donnent encore aujourd’hui tant de charme au centre historique.

Photographie : © Berry Au Cœur de France
Les Stuarts ne se contentent pas d’embellir la ville. Ils favorisent aussi son développement économique. À partir du XVIᵉ siècle, le commerce du drap prospère, tout comme les tanneries, alimentées par les nombreux moulins installés le long de la Nère. Aubigny connaît alors une période de prospérité qui façonne durablement son identité.
L’histoire continue pourtant de se mêler à la grande Histoire. En 1585, Esmé Stuart d’Aubigny, devenu régent d’Écosse, tente de rendre son trône à Marie Stuart, retenue prisonnière par sa cousine Élisabeth Iʳᵉ d’Angleterre. La tentative échoue, mais elle rappelle combien les destins de la France, de l’Écosse et de l’Angleterre restent intimement liés.
Lorsque Charles Stuart disparaît en 1672, la seigneurie change une nouvelle fois de mains. L’année suivante, Louis XIV l’offre à Louise de Kéroualle, en récompense des services qu’elle a rendus à la Couronne.
L’Auld Alliance, elle, traverse les siècles. Renouvelée à plusieurs reprises entre la fin du XIIIᵉ et le milieu du XVIIIᵉ siècle, elle unit durablement les deux royaumes face à leur ennemi commun. De Philippe le Bel à John Balliol, de Marie Stuart jusqu’au traité de Fontainebleau de 1745, cette amitié franco-écossaise n’a cessé de marquer l’histoire. Et le plus beau, c’est qu’elle continue de vivre aujourd’hui. Il en résulte de nombreux jumelages de villes françaises avec des villes écossaises et – entre autres – les rendez-vous culturels annuels, sous la nomination de « Fêtes Franco-Écossaise d’Aubigny ». En fait, la commune célèbre depuis plus de 50 ans l’Auld Alliance et son programme de festivités est à ne pas manquer dans notre région, si vous vous y trouvez : spectacle historique costumé, marché médiéval, ville en fête sur plusieurs jours.
Favorisé par cette famille, le commerce et l’industrie du drap, ainsi que la tannerie (d’où la présence de nombreux moulins à proximité), sont florissants : à partir du XVIe s.

Les Stuarts ne furent pas seulement les seigneurs d’Aubigny-sur-Nère : ils furent les véritables bâtisseurs du château de La Verrerie. Béraud Stuart en posa les premières pierres à la fin du XVe siècle, puis son neveu Robert Stuart l’enrichit d’une magnifique galerie Renaissance, inspirée des campagnes d’Italie. Durant près de deux siècles et demi, cette famille écossaise administra le domaine, laissant un héritage architectural qui demeure aujourd’hui l’un des plus beaux témoignages de l’Auld Alliance en Berry. Cette même famille a joué un rôle absolument déterminant dans l’histoire du château de La Verrerie, puisqu’elle en est à la fois l’initiatrice, la bâtisseuse et la propriétaire pendant près de deux siècles et demi. Ainsi, Aubigny et La Verrerie racontent ensemble une même histoire : celle d’une famille écossaise devenue profondément berrichonne, sans jamais oublier ses racines.
Voici comment l’histoire s’articule
La famille des Stuarts a joué un rôle absolument déterminant dans l’histoire du château de La Verrerie, puisqu’elle en est à la fois l’initiatrice, la bâtisseuse et la propriétaire pendant près de deux siècles et demi. Voici comment cette histoire s’articule.
En 1423, le roi Charles VII offre la seigneurie d’Aubigny à Jean Stuart de Darnley, chef des troupes écossaises, pour le remercier de l’aide apportée à la France durant la guerre de Cent Ans, dans le cadre de l’Auld Alliance. Les terres d’Oizon font alors partie de cette vaste seigneurie.
Quelques décennies plus tard, vers 1495-1500, son petit-fils Béraud (ou Bérault) Stuart, quatrième seigneur d’Aubigny, fait construire le corps de logis principal et la chapelle du château de La Verrerie. Il revient alors des campagnes d’Italie, dont l’influence artistique se retrouve dans l’architecture du château.
À la mort de Béraud, son neveu (et gendre selon les alliances familiales), Robert Stuart de Lennox, poursuit l’œuvre. Entre 1520 et 1525, il fait édifier la célèbre galerie Renaissance, qui relie les bâtiments et donne au château son caractère exceptionnel. Maréchal de France et compagnon d’armes de Bayard, Robert Stuart rapporte lui aussi les influences de la Renaissance italienne. C’est également lui qui participe à la reconstruction d’Aubigny-sur-Nère après le grand incendie du début du XVIᵉ siècle.
Pendant près de 250 ans, les Stuarts administrent le domaine de La Verrerie comme celui d’Aubigny. Ils développent les terres, les forêts et les activités économiques de la région, tout en laissant un patrimoine architectural remarquable. Le château demeure dans leur famille jusqu’en 1672, date de la mort de Charles Stuart, dernier seigneur d’Aubigny de cette lignée. Conformément à l’acte de donation initial, les biens retournent alors à la Couronne de France. L’année suivante, Louis XIV les attribue à Louise de Kéroualle, duchesse de Portsmouth.
Chaque été, Aubigny-sur-Nère célèbre cet héritage lors des célèbres Fêtes Franco-Écossaises. Depuis plus d’un demi-siècle, les rues se remplissent de costumes d’époque, de musiciens, de reconstitutions historiques, d’un marché médiéval et d’animations qui plongent les visiteurs dans plusieurs siècles d’histoire. Pendant quelques jours, la ville retrouve son âme écossaise et fait revivre une alliance vieille de plus de six cents ans.
Si vos pas vous conduisent un jour dans le Berry, prenez le temps de pousser les portes d’Aubigny-sur-Nère. Flânez entre les maisons à colombages, laissez-vous guider jusqu’au château des Stuarts, écoutez le murmure de la Nère… Vous découvrirez une ville où chaque pierre semble raconter un fragment de cette étonnante histoire d’amitié entre la France et l’Écosse. Parfois, il suffit d’une petite ville pour rappeler que les plus grandes histoires naissent aussi de la fidélité entre deux peuples.
Sources principales : Buhot de Kersers ;
documentation patrimoniale de Berry Au Cœur de France
P


Merci Muriel, vous nous donnez beaucoup à voir du Berry par votre œil avisé et à découvrir dans vos articles en tout genre !
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Article intéressant, merci Muriel pour ces explications de l’Auld Alliance des Ecossais dans le Berry. Sur votre site, il me reste encore beaucoup à découvrir, un puits sans fin, une mine de renseignements vous nous ouvrez par vos articles!
Merci encore!
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Bonjour Muriel, tout ceci partant de votre Berry est bien intéressant à découvrir pour un Parisien.
Amicalement
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Salle d’honneur du Musée Marguerite Audoux, le Mémorial fait un référence historique extraordinaire, encore parfois méconnue de l’alliance scellée entre les Royaumes de France et de l’Écosse associés qui connurent leurs heures de gloires avec l’arrivée des Stuarts sur le territoire d’Aubigny-sur-Nère.
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