Aujourd’hui, je vous emmène à la découverte d’une curiosité architecturale bien particulière du Berry roman : les « Passages berrichons ». Pour les découvrir, il faut pousser la porte de quelques-unes des églises romanes du Berry et regarder leur architecture avec un peu d’attention. Entre le Xe et le XIIe siècle, plusieurs édifices de la région ont adopté cette disposition assez particulière, et c’est ici que l’on trouve la plus grande concentration connue de ces fameux passages. Alors, si vous êtes prêts, je vous emmène avec moi sur leurs traces.
Notre première étape : La Berthenoux

Je vous propose de commencer le parcours à La Berthenoux, dans l’Indre. Dans cette charmante petite commune berrichonne, l’église romane nous réserve une découverte qui mérite que l’on s’y attarde. En observant son architecture, on découvre deux ouvertures aménagées de part et d’autre de la croisée du transept. Elles permettent de relier les différentes parties de l’église et donnent à l’ensemble une physionomie assez particulière.
Ce sont eux, les fameux passages berrichons.
Mais, devant ces ouvertures, une question vient naturellement à l’esprit : pourquoi les avoir construits ainsi ? Et c’est là que les choses deviennent intéressantes.
Pour certains, ces deux ouvertures, qui mesurent ici environ 0,45 m et 0,60 m, répondent avant tout à une exigence architecturale. Elles permettraient de réduire la largeur de la croisée du transept et, ainsi, d’en faciliter la mise en voûte.
Pour d’autres, les « passages berrichons » seraient essentiellement liés aux liturgies primitives. Les laïcs, qui n’avaient pas accès directement au chœur, auraient ainsi pu rejoindre les absidioles par ces passages.
Deux interprétations, donc,
pour une même curiosité
Alors, laquelle retenir ? Je vous laisse faire votre propre cheminement de pensée devant cette étonnante particularité du Berry roman. Car lorsque l’on se trouve face à ces pierres qui ont près de mille ans, on ne peut s’empêcher de se demander ce que leurs bâtisseurs avaient réellement en tête.
Et c’est peut-être là que commence véritablement la découverte…

Ce passage constitue une petite pause. On vient de découvrir les passages à La Berthenoux, j’expliique ensuite à quoi ils pourraient servir, puis vous laisse réfléchir. Je trouve cela beaucoup plus vivant que de donner les deux hypothèses comme une information encyclopédique.
De La Berthenoux à Reuilly

En l’église Saint-Denis
Entre Issoudun et Saint-Amand-Montrond, nous rencontrons ensuite le joli sanctuaire de Saint-Denis. Ici encore, l’édifice mérite que l’on prenne le temps de regarder. Mais attention : l’église que nous voyons aujourd’hui n’est pas la première que le village ait connue. Nous sommes en présence de la seconde église du village, construite au XIe siècle selon le type bénédictin.
Elle est revêtue de pierres d’Ambrault, issues de la carrière du même nom. Une nouvelle étape de notre parcours, et une nouvelle occasion de regarder autrement ces églises romanes que l’on pourrait parfois traverser trop rapidement. Car maintenant, notre regard va changer. Nous savons ce que nous cherchons.
Au villge vignoble de Reuilly, l’’église accueille un culte des reliques et possède également une crypte, dont je vous avais parlé dans un précédent article En ceconsacré à l’église. À mesure que notre parcours avance, les églises se succèdent, mais notre regard, lui, n’est plus tout à fait le même Il suffit parfois d’un passage, d’une ouverture dans la maçonnerie, d’une disposition un peu inhabituelle pour reconnaître cette particularité propre à plusieurs édifices du Berry roman.


La crypte
L’église accueille un culte des reliques et possède également une crypte, dont je vous avais parlé dans un précédent article consacré à l’église. À mesure que notre parcours avance, les églises se succèdent, mais notre regard, lui, a changé. On sait désormais ce que l’on cherche. Il suffit parfois d’un passage, d’une ouverture dans la maçonnerie, d’une disposition un peu inhabituelle pour reconnaître cette particularité propre à plusieurs édifices du Berry roman.
Saint-Jeanvrin,
entre Châteaumeillant & Saint-Amand-Montrond


Dernière étape de notre parcours : Saint-Jeanvrin;
Le nom lui-même a son histoire : il est dérivé de Saint-Janvier.
Ici, l’église présente une nef à trois travées et un large transept dont les bras communiquent, par deux passages berrichons, avec la nef, le chœur et l’abside. C’est exactement le genre de disposition que nous sommes venus observer. L’église actuelle, construite probablement au début du XIIe siècle, aurait été édifiée sur une église primitive. Son plan en croix latine comprend une nef à trois travées, suffisamment large pour accueillir deux passages berrichons.
Et puis il y a son histoire… Ce joli sanctuaire du Cher, situé entre Saint-Amand-Montrond et Châteaumeillant, dépendait autrefois de la grande abbaye de Déols, près de Châteauroux. Elle est citée dans une bulle du pape Pascal II en 1115.
Alors,
comment reconnaître un passage berrichon ?
Après avoir parcouru ces quelques églises, le regard n’est plus tout à fait le même. Au début, on entre dans une église romane et l’on admire sa nef, son transept, son chœur, ses pierres. Puis, peu à peu, on apprend à chercher ces ouvertures si particulières.
Deux passages de part et d’autre de la croisée du transept, une communication entre les différentes parties de l’édifice : nous voilà peut-être devant un passage berrichon. Et le plus étonnant reste que, près de mille ans après leur construction, ces dispositions architecturales continuent de nous interroger. Étaient-elles avant tout destinées à faciliter la construction de l’édifice ? Répondaient-elles aussi à des pratiques liturgiques particulières ?
Nous n’avons peut-être pas toutes les réponses. Mais n’est-ce pas aussi ce qui fait le charme de ces églises romanes du Berry ? Il suffit de prendre le temps de les regarder… et de se laisser raconter leur histoire par leurs vieilles pierres.
Et surtout, on va continuer à préserver cette règle : mon expérience partagée, votre regard ensuite, vos questions si vous en avez. Vous partager le Berry, vous le raconter comme je l’ai rencontré, le recncontre encore ! Cela ne signifie pas chercher à être différente à tout prix, l’étant nturellement. Pour moi, il suffit de ne pas gommer cette différence lors de la rédation de mes articles. Et le vélo ajoute encore quelque chose : je ne suis pas dans une logique de consommation du territoire. Je le parcourez lentement. J’arrivez autrement, je vois autrement.
Source & observation personnelle : Observations de terrain et relevés personnels réalisés dans le cadre de « Berry Roman à vélo », parcours effectués entre 2011 et 2019.
✍️ Rédaction, texte, photographie :
Recherches, vérifications d’orientation et photographies
Par Muriel Azemard — créatrice « Berry Roman à vélo.

