Je réside à Saint-Amand-Montrond situé dans le déprtement du Cher. C’est donc tout naturellement de chez moi que je pars, à vélo, à la découverte du Berry roman. Au fil des années, les kilomètres se sont accumulés, tout comme les reportages. Une église après l’autre, un village après l’autre, j’ai photographié, observé, essayé de comprendre ce que ces vieilles pierres pouvaient encore nous raconter.
Et puis, à force de regarder, quelque chose a changé. Je me suis mise à remarquer des détails qui, au premier regard, pourraient sembler insignifiants. Une orientation particulière, des traces dans la pierre, le symbole d’une sculpture qui revient ailleurs, une disposition architecturale que l’on retrouve dans une autre église… Alors je compare, je retourne voir, je propecte sur le terrain, je photographie, je me pose des questions. Et à certaines de mes autres heures, jamais « perdues », il m’arrive même de philosopher un peu. Car derrière ces détails, une question finit souvent par se glisser : et si ce que je regarde n’était pas là par hasard ?
Quand les ressemblances
commencent à parler
Au fil de mes reportages, j’ai fini par comprendre que le plus intéressant n’était pas toujours ce qui sautait aux yeux. Parfois, c’est au contraire un petit détail, presque discret, qui revient d’une église à l’autre. Une même particularité ici, puis quelques kilomètres plus loin… encore là. Alors forcément, je commence à me poser des questions. Est-ce une simple coïncidence ? Une habitude de construction ? Une tradition locale ? Le savoir-faire d’un même atelier ou d’un même sculpteur ? Ou bien quelque chose de plus ancien encore ?
Je n’ai pas toujours la réponse, mais c’est justement ce qui me plaît. Une observation n’est jamais tout à fait terminée lorsqu’elle fait naître une question. Elle devient une piste. Et une piste, chez moi, a souvent la fâcheuse habitude de m’inciter à reprendre mon vélo… 😉
La collerette berrichonne

Parmi ces particularités que mes reportages m’ont appris à reconnaître, il y a la collerette berrichonne
Je ne l’ai pas découverte. Elle était là, bien avant que je m’y intéresse. Mais à force de la rencontrer au fil de mes parcours, j’ai appris à la repérer, à la photographier et à la regarder autrement. N’est-ce pas aussi cela, apprendre à regarder ?
Au début, on passe devant un chapiteau sans forcément remarquer ce petit détail. Puis, une fois qu’on l’a identifié, l’œil devient plus attentif. On se demande alors : en ai-je déjà vu une ailleurs ? Alors je retourne dans mes photographies et je compare… Et parfois, ce qui n’était qu’un détail devient une véritable piste d’observation. C’est ainsi que certaines particularités régionales ont commencé à prendre place dans mes reportages. Non pas parce que je cherchais à établir un inventaire, mais simplement parce que le terrain m’apprenait à regarder autrement.
On se demande alors : ‘En ai-je déjà vu une ailleurs ?’ Et parfois, ce qui n’était qu’un détail devient une véritable piste d’observation.
Les stries : regarder ce que l’on ne regarde pas
Et puis, il y a les stries. Elles ne sont pas une découverte personnelle. Elles étaient là, dans les pierres, bien avant mes propres prospections. Mais au fil de mes reportages, elles ont retenu mon attention. Ce qui m’a frappée, c’est qu’elles semblaient totalement ignorées des prospectus touristiques et des ouvrages locaux que je connaissais. Alors, forcément, cela m’a intriguée. Pourquoi ces traces étaient-elles là ? Pourquoi les retrouvait-on sur certains édifices et pas sur d’autres ? Et surtout, pourquoi personne ne semblait vraiment les regarder ? Je me suis donc mise à les photographier, à les relever au fil de mes parcours, à les comparer. Une fois encore, je n’avais pas de réponse toute faite. Mais j’avais quelque chose de plus précieux pour moi : et une question qui vous accompagne sur les routes du Berry roman finit toujours par vous faire regarder les églises autrement.
Un autre élément de l’architecture,
le Secretariae
Il y a aussi des particularités beaucoup plus discrètes. C’est le cas du Secretariae. Il s’agit d’un petit appareil ajouté à l’édifice, qui fait le plus généralement office de remise. Il est construit entre le chœur et les absidioles. Rien de bien spectaculaire. Et pourtant, lorsque l’on commence à connaître ce genre de disposition, on finit par la reconnaître.

J’en ai rencontré notamment à Saint-Blaise de La Celle, à Notre-Dame de La Berthenoux, à Saint-Martin d’Ineuil et à Saint-Pierre de Bommiers. Quatre églises, quatre observations, et une nouvelle fois, la même question qui revient : « Pourquoi retrouve-t-on cette disposition ici, et ailleurs ?« . C’est ainsi que mes observations se sont accumulées, sans que je cherche à constituer un inventaire. idem, je regardais, je photographiais puis comparais. Et parfois, je repartais sur le terrain.
Et puis arrivèrent les éléphants…

Il y a ce qui m’interpelle
Il y a les détails que l’on finit par reconnaître. Et puis il y a ceux qui vous arrêtent net. Ceux qui provoquent cette petite phrase intérieure :« Mais pourquoi est-ce que je retrouve cela ici ? » C’est là que mes observations deviennent plus aventureuses. Car lorsque la même chose apparaît dans plusieurs édifices, je ne peux pas m’empêcher de chercher le lien. Je retourne sur le terrain, je photographie, je rapproche mes observations… et, parfois, je laisse simplement mon esprit vagabonder. C’est ainsi que sont nées certaines de mes pistes.
Les éléphants en Berry, par exemple
Là, avouez que la question se pose d’elle-même ! Des éléphants dans nos chapiteaux berrichons… pourquoi ici ? Pourquoi ce lieu ? Une fois la question posée, difficile de faire comme si je ne l’avais pas vue. Alors je prospecte. Et au fil des années, une idée a mûri : peut-être ces éléphants ne sont-ils pas là par hasard. Peut-être existe-t-il entre certains d’entre eux un lien que je n’ai pas encore totalement élucidé. Une piste, donc ! Et une piste chez moi n’est jamais tout à fait tranquille : elle m’appelle à retourner voir.
Alors sérieusemetn, j’ai commencé à prospecter, à photographier, à comparer. au regard des distances où je les rentontrais. Et peu à peu, une idée a mûri dans mon esprit : et si ces représentations n’étaient pas simplement isolées ? Et si elles pouvaient nous mettre sur la piste d’un même sculpteur, ou d’un itinéraire très ancien, différent de ceux que nous connaissons habituellement ? Une piste à laquelle je crois fermement, même si je la considère comme une hypothèse née de mes propres observations.
Des observations, pas un inventaire
Voilà comment se sont dessinées, au fil des années, certaines des particularités qui ont retenu mon attention dans le Berry roman.
La collerette berrichonne, les stries, le Secretariae, les éléphants… et bien d’autres observations encore.
L’orientation des églises a elle aussi ouvert une autre piste de réflexion, à laquelle j’ai consacré un article particulier. Car chaque fois, la démarche est finalement la même : regarder, comparer, s’interroger.
Je ne cherche pas à établir ici un inventaire des particularités régionales. Je préfère vous montrer comment je les ai rencontrées.
Elles ne sont pas toutes des découvertes personnelles. Certaines étaient connues avant moi. D’autres, en revanche, m’ont semblé si peu regardées dans le Berry que j’ai eu envie de leur consacrer un espace sur Berry Au Cœur de France.
C’est ainsi que mes reportages ont peu à peu pris des chemins que je n’avais pas prévus. Et parfois, entre deux coups de pédale, il m’arrive même de philosopher. Il faut bien laisser les vieilles pierres nous parler !
Avec infiniment plaisir ! ❤️
Cet article s’incarne en quelque chose de précieux : ille ne cherche pas à démontrer que je sais. Il montre comment je cherche, puis vous le partager. La petite devise de Berry Au Cœur de France.
Source & observation personnelle : Observations de terrain et relevés personnels réalisés dans le cadre de « Berry Roman à vélo », parcours effectués entre 2011 et 2019.
✍️ Rédaction, texte, photographie :
Recherches, vérifications d’orientation et photographies
Par Muriel Azemard — créatrice « Berry Roman à vélo.

