Contempler l’architecture,
romane berrichonne autrement !

Il y a des clochers qui se contentent de monter vers le ciel… Si, si, j’en vois un depuis n otre Berry ! Et puis il y a celui de Saint-Outrille. Celui-là, manifestement, avait envie de prendre quelques libertés avec la ligne droite. Très peu nombreux en France, le Berry Roman en compte un joliment restauré depuis quelques années – parmi d’autres relevés à l’inventaire supplémentaire du patrimoine.

Les clochers tors sont suffisamment rares pour que l’on s’arrête lorsqu’on en rencontre un. Et dans le Berry roman, celui de Saint-Outrille possède cette particularité avec une élégance assez désarmante : il ne cherche pas à nous impressionner, il se contente de… tourner. Joliment, presque tranquillement.
À mesure que le regard s’élève au-dessus de la Collégiale Saint-Austrégésile, la flèche semble se décaler doucement, comme si le bois, arrivé à mi-chemin, avait décidé de changer de direction. Rien de spectaculaire au premier regard : pas de grand geste théâtral, pas de prouesse qui chercherait à impressionner. Simplement cette sensation curieuse que quelque chose, là-haut, n’est pas tout à fait comme prévu.

C’est précisément ce qui fait son charme. Le clocher tors de Saint-Outrille n’est pas une fantaisie posée sur une église quelconque. Il couronne un édifice dont les parties les plus anciennes appartiennent au grand mouvement de construction romane qui a profondément marqué le Berry aux XIᵉ et XIIᵉ siècles. Ici, le temps n’a pas construit en une seule fois. Il a ajouté, transformé, remplacé, réparé. La nef actuelle appartient au XVe siècle, tandis que le chœur, le chevet et une partie du transept conservent l’empreinte de l’édifice roman. Et c’est peut-être là que commence véritablement l’intérêt de Saint-Outrille : une église romane n’est pas nécessairement une église restée intacte depuis le Moyen Âge… elle est souvent une histoire de continuités et de reprises.
L’église qui ne dit pas tout d’un seul jet

Avant de s’intéresser à l’étrange clocher, il est judicieux de regarder l’église qui le porte. La Collégiale est une église à plusieurs voix. Son histoire architecturale commence à la fin du XIᵉ siècle avec le chœur, puis se poursuit au début du XIIᵉ siècle avec le transept. La nef et la façade occidentale seront reconstruites au XVe siècle. La sacristie, elle, arrivera encore plus tard, au XIXᵉ siècle.
Autrement dit, Saint-Outrille n’est pas une église que le temps aurait laissée tranquillement dormir sous une cloche de verre. Elle a vécu, on a construit, repris, transformé. Cette succession d’époques ne me gêne absolument pas. Au contraire !
Elle donne à l’édifice quelque chose de profondément humain : une église ancienne n’est pas toujours celle qui a conservé chaque pierre de son premier état. C’est souvent celle que plusieurs générations ont continué à faire vivre. Ici, le roman est là, bien présent, dans le chœur, le chevet et le transept.
Au-dessus, il y a le clocher
Alors, forcément, on lève les yeux ! Saint-Outrille commence déjà à raconter quelque chose avant même que l’on entre.
Le regard est d’abord attiré par les volumes de l’église, par la masse du chevet, par cette architecture romane qui paraît à la fois solide et étonnamment raffinée. Puis on monte les yeux, et là, la base du clocher, solide, est construite pour durer.
La flèche, elle, semble avoir choisi une autre humeur. Elle est couverte de bardeaux de châtaignier, et cette couverture de bois lui donne une présence très différente de celle de la pierre.

De loin, la surface paraît presque uniforme. En s’approchant, le regard découvre une multitude de petites pièces qui habillent la charpente et lui donnent cette texture particulière. J’aime beaucoup cette rencontre entre les deux matières : la pierre, en bas, le bois, en haut. La première semble dire : « je suis là pour durer. » et la seconde pourrait presque répondre : « moi aussi… mais je vais quand même bouger un peu. » Et justement, il bouge. C’est ici que Saint-Outrille devient Saint-Outrille.Sa flèche ne file pas parfaitement droit. Elle se vrille progressivement avant de retrouver sa verticalité dans sa partie terminale. La torsion est suffisamment perceptible pour modifier la silhouette, mais assez discrète pour ne jamais devenir une démonstration de virtuosité. C’est un clocher qui a du caractère sans avoir besoin de lever la voix. Il suffit de le regarder quelques secondes pour que l’œil comprenne qu’il se passe quelque chose. On suit la ligne, on croit qu’elle va continuer tout droit, et puis non, car en fait, elle s’écarte doucement. À peine, mais assez pour que l’on ait envie de recommencer.
La petite leçon du bois
Cette flèche en bois possède quelque chose que la pierre – encore que – n’a pas, elle est vivante. Non pas vivante au sens où elle pourrait décider de partir faire un tour dans le village, rassurons-nous, mais parce que le bois est une matière qui travaille, qui réagit à son environnement, qui vieillit autrement que la maçonnerie. À Saint-Outrille, il devient même le support d’un geste architectural inattendu. La torsion fait partie de la silhouette, elle ne vient pas simplement s’ajouter au clocher : elle est devenue son identité. C’est là que l’on comprend pourquoi certains détails architecturaux prennent une importance démesurée. Une petite particularité peut suffire à changer complètement la manière dont on mémorise un édifice. Demandez à quelqu’un de se souvenir de Saint-Outrille. Il se peut fort bien qu’avant même de retrouver le nom de la collégiale, il se souvienne de son clocher qui tourne.
Le roman, mais pas seulement le roman
C’est aussi ce qui rend Saint-Outrille intéressante dans une réflexion sur le Berry roman. Il serait trop facile de présenter l’église comme un édifice roman resté intact. Ce n’est pas le cas, le chœur et le transept témoignent de la construction des XIᵉ et XIIᵉ siècles ; la nef actuelle appartient au XVe siècle. L’édifice porte donc plusieurs moments de l’histoire de l’architecture religieuse. Pourtant, lorsque je regardais le chevet, quelque chose de très profondément roman m’a semblé demeurer…
L’abside est animée d’arcatures aveugles. Les pilastres portent un décor d’entrelacs. À l’intérieur, les chapiteaux du chœur témoignent eux aussi de cette architecture qui puise encore largement dans un vocabulaire végétal et antique.

Ce n’est pas un roman spectaculaire, mais unroman qui a travaillé ici les proportions, les rythmes, les ombres. roman que l’on découvre en regardant. Et au-dessus de lui, cette flèche torsadée vient ajouter une note presque malicieuse.
Quand l’architecture rencontre la légende
Évidemment, un clocher pareil ne pouvait pas rester longtemps sans histoire. À Saint-Outrille, la tradition populaire a fait intervenir le diable. Il aurait trouvé refuge dans le clocher avant d’être délogé par une courageuse habitante. Dans sa fuite, sa queue aurait imprimé à la flèche cette torsion que nous voyons aujourd’hui.
La légende est charmante et je préfère vou la raconter comme une légende, pas comme une explication technique. Parce qu’une légende n’a pas besoin d’être vraie pour être intéressante. Elle nous renseigne sur le regard que les habitants ont porté sur leur propre monument. Lorsqu’un clocher ne ressemble pas aux autres, on lui cherche une histoire, et si cette histoire fait intervenir le diable, notre Berry ne va certainement pas s’en plaindre !
Mais le plus intéressant est peut-être ailleurs… ce qui me plaît à Saint-Outrille n’est finalement pas seulement de savoir pourquoi le clocher est tors. C’est de constater ce que cette torsion produit, elle change le paysage.Un clocher droit marque un point, alors que celui-ci dessine presque un mouvement. Depuis les abords du village, il devient un repère. Il suffit de le voir apparaître au-dessus des toitures pour reconnaître Saint-Outrille. Son clocher ne se contente donc plus de couronner l’église, il s’est incarné désormais dans le paysage dasn lequelm il appartient. De mon point de vue – sans jeu de mos – il est devenu une véritable signature verticale. Et cette signature est légèrement de travers. C’est exactement pour cela que j’aime l’idée de réunir certains édifices sous le titre « Clochers d’exception du Berry roman ».
Il ne s’agit pas de dresser un palmarès. Pas question de savoir lequel serait le plus beau, le plus haut ou le plus extraordinaire, ce serait passer à côté de l’essentiel. Un clocher d’exception est, pour moi, un clocher qui possède quelque chose que l’on ne retrouve pas partout. Une relation particulière avec son église ou avec le paysage. Elle se devine même avant qu’on ait trouvé le bon angle.Et lorsqu’on l’a remarquée une fois, impossible ensuite de regarder ce clocher comme un autre.
Il faut parfois accepter
de ne pas aller tout à fait droit
J’aime bien terminer là-dessus ! Parce que ce clocher me semble finalement raconter quelque chose de très simple. L’architecture n’est pas seulement affaire de lignes parfaites. Elle est aussi affaire de matières, de temps, de savoir-faire, de transformations et parfois de surprises. À Saint-Outrille, la pierre romane garde sa gravité, le bois, lui, y prend ses libertés, et le ciel accueille tout cela sans protester. Alors, lorsque je regarde cette flèche, je ne vois pas un défaut à corriger, une singularité, une façon bien à elle de prendre de la hauteur.
Et je me dis que, finalement, pour monter vers le ciel, il n’est peut-être pas indispensable d’aller tout droit.
Source & observation personnelle : Observations de terrain et relevés personnels réalisés dans le cadre de « Berry Roman à vélo », parcours effectués entre 2011 et 2019.
✑ Rédaction, texte, photographie :
Recherches, vérifications d’orientation et photographies
Par Muriel Azemard — créatrice « Berry Roman à vélo.

J’habite tout près et je peux confirmer qu’il attire vraiment le regard. Il fait partie de ces détails du paysage qu’on finit par considérer comme familiers.
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Une belle illustration du patrimoine roman.
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Je ne connaissais pas le clocher de Saint-Outrille. Une raison de plus pour prendre le temps de découvrir les trésors du Berry roman.
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Il se contente de tourner : une jolie façon de présenter cette étonnante particularité architecturale !
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Les clochers tors sont fascinants;
Merci pour cette découverte.
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Saint-Outrille mérite certainement le détour.
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J’apprécie ces lieux moins connus
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Belle mise en valeur, merci Muriel !
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Ce clocher tors est vraiment étonnant.
Merci pour ce très bel article sur votre blog.
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Une vraie curiosité! Je connais bien Saint-Outrille et son clocher. On a beau l’avoir vu plusieurs fois, on lève toujours les yeux lorsqu’on passe devant !
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Étant du Berry, je connais ce clocher depuis mon enfance.
Bel article, bonne continuation !
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Je suis déjà passé plusieurs fois à Saint-Outrille. Ce clocher tors est vraiment une curiosité du village.
Merci pour votre partage, Muriel.
Bonne journée !
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Je connais ce village depuis longtemps. Le clocher tors fait vraiment partie de son identité et donne beaucoup de caractère à l’église.
Bel article, j’aime beaucoup.
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Nous avons découvert Saint-Outrille lors d’une balade dans le Cher, nous sommes de l’Indre.
Le clocher nous avait immédiatement surpris.
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C’est un endroit que je recommande aux amateurs de patrimoine.
Le village est discret, mais son clocher mérite largement un arrêt.
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Je passe régulièrement dans le coin et ce clocher me surprend toujours. Il a quelque chose de très particulier dans le paysage.
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Bonjour Muriel.
Originaire du Berry, je suis toujours heureux de voir ce patrimoine local mis en valeur sur votre blog.
Saint-Outrille mérite vraiment d’y être.
Bel été !
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Ce clocher fait partie des petites curiosités du Berry que l’on aime
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Je connais Saint-Outrille depuis longtemps et je trouve que votre description lui correspond bien., un clocher étonnant.
Merci, pour votr blog, joli et intéresant à découvrir.
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