Avant de devenir gallo-romain, notre Berry était déjà une terre vivante. Bien avant que Rome ne pose ses pierres, ne construise ses monuments et ne trace ses grandes voies, un peuple occupait déjà ce territoire : les Bituriges Cubes. Alors, aujourd’hui, je vous propose de partir à leur rencontre. Pas avec un casque gaulois sur la tête — quoique cela aurait son petit effet lors d’une promenade patrimoniale — mais simplement avec un regard curieux, une carte archéologique sous les yeux et l’envie de comprendre comment vivaient ces hommes et ces femmes il y a plus de deux mille ans. La réalité est bien plus intéressante !
Ils étaient agriculteurs, artisans, commerçants, guerriers, bâtisseurs et croyants. Ils connaissaient parfaitement leur territoire, exploitaient ses ressources et entretenaient des échanges avec d’autres peuples bien au-delà de leurs frontières.
Pour retrouver leur histoire, il suffit parfois d’observer les traces qu’ils nous ont laissées. Une carte archéologique devient alors une véritable fenêtre ouverte sur le passé. Chaque point raconte quelque chose, ici un ancien sanctuaure et là, Là, un oppidum installé sur une hauteur.
Ailleurs, une source considérée comme sacrée, un lieu d’habitat, un atelier d’artisan ou encore un objet retrouvé dans le sol après des siècles de silence. Peu à peu, le paysage reprend vie. En Berry, les découvertes réalisées à Lacs, Ardentes, Drevant, Argentomagus et sur bien d’autres sites nous permettent d’imaginer une organisation du territoire beaucoup plus complexe qu’on ne l’imagine parfois.
Car nos ancêtres gaulois savaient choisir leurs lieux d’installation. Ils recherchaient les terres favorables, la proximité de l’eau, les passages naturels et les espaces et voies de communication propices aux échanges. Aussi, une rivière n’était pas seulement une rivière. Elle pouvait être une ressource, une frontière, un lieu de passage ou un espace chargé de symboles. Une source n’était pas seulement une source. Elle pouvait devenir un lieu où l’on venait déposer une offrande et chercher la protection des divinités.
Ils entretenaient en effet un lien très fort avec le monde spirituel. Les sanctuaires prospectés (parallèlement au Berry Roman à vélo) témoignent de ces pratiques cultuelles. Les statues, les bas-reliefs, les objets déposés en offrande et les vestiges de constructions anciennes nous permettent aujourd’hui d’approcher leurs croyances. Certains lieux ont traversé les siècles et semblent avoir conservé une forme de continuité sacrée.
Des édifices religieux chrétiens ont parfois été construits sur des sites déjà fréquentés auparavant.
Je vous cite Vouillon, La Celle, Saint-Jeanvrin, Soye-l’Église, Reigny, Ardentes, Lacs, Saint-Martin-de-Vic ou encore La Celle-Condé, Bengy-sur-Craon sont autant de lieux qui nous invitent à réfléchir à cette longue histoire des espaces sacrés. Mais les Gaulois n’étaient pas seulement tournés vers leurs dieux.

Cette voie rayonne sur la partie Sud-Ouest de la région, tandis que des oppida (via Châteaumeillant ou Levroux), commerçaient et entreposaient des denrées. Certains bourgs ruraux se développèrent ainsi. Pour exemple, Saint-Ambroix (Ernodurum) nous a légué des stèles funéraires exceptionnelles, et Drevant, village implanté en bordure de la voie Avaricum-Néris, ses temples et théâtre antiques. De nombreuses villae que l’archéologie aérienne décela, soulignant la place d’activités agricoles et artisanales.






Ils étaient aussi d’excellents artisans. Ils savaient travailler le métal, fabriquer des objets de grande qualité, organiser leurs productions et commercer. Ils n’étaient donc pas ces habitants isolés dans quelques villages que l’on imagine parfois. Ils savaient travailler le métal, fabriquer des objets de grande qualité, organiser leurs productions et commercer. Ils n’étaient donc pas ces habitants isolés dans quelques villages que l’on imagine parfois. Ils participaient déjà à un monde d’échanges. Finalement, les Romains n’ont pas découvert un territoire vide lorsqu’ils arrivent en Gaule. Ils rencontrent des peuples installés, avec leurs traditions, leurs savoir-faire et leur propre organisation. La Gaule ne commence donc pas avec Rome, elle possède déjà une histoire riche avant la conquête.
Et lorsque les deux mondes se rencontrent, ils vont progressivement se mélanger pour donner naissance à cette période que nous appelons aujourd’hui la civilisation gallo-romaine. Alors, la prochaine fois que vous découvrirez une pierre ancienne, une statue, un relief ou simplement un paysage du Berry, pensez-y. Sous nos pieds, dans nos villages et dans nos campagnes, se cachent encore les traces d’hommes et de femmes qui vivaient ici bien avant nous. Des hommes qui construisaient, qui échangeaient, qui croyaient, qui travaillaient… Bref, des hommes qui avaient déjà beaucoup de points communs avec nous. À une différence près peut-être : ils n’avaient pas encore inventé les embouteillages du matin. Et finalement, Astérix avait raison sur un point : Ils étaient étonnants, ces Gaulois !
Alors, la prochaine fois que vous parcourrez les chemins du Berry, prenez le temps d’observer. Car sous nos pas, ce ne sont pas seulement des paysages que nous traversons… Ce sont parfois plus de deux mille ans d’histoires qui continuent de nous accompagner. Nos ancêtres gaulois n’étaient peut-être pas si différents de nous : ils cherchaient déjà le meilleur endroit pour vivre, les bons chemins pour échanger, les lieux pour se retrouver… La seule différence ? Ils n’avaient pas encore inventé le GPS pour retrouver leur route ! Mais pour nous guider vers leur histoire, ils nous ont laissé quelque chose de bien plus précieux : les traces de leur passage.
Sources principales : recherches archéologiques régionales ; documentation patrimoniale du Berry.
Photographies : © Berry Au Cœur de France – observations et prises de vues réalisées sur le terrain.


Enfin un article qui pose les bonnes questions !
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