Situé à l’extérieur du Berry, ce lieu s’inscrit pourtant pleinement dans le thème de l’art roman. Dès l’arrivée, l’architecture et les premiers éléments observés invitent à porter un regard attentif sur les particularités du site et sur les traces de son histoire.
Si je demeure profondément attaché à notre province du Berry et que je prends plaisir à en explorer les moindres recoins, j’aime aussi en franchir les frontières pour élargir mon regard à d’autres horizons. Il suffit parfois de quelques dizaines de kilomètres pour changer de décor, découvrir de nouveaux paysages et rencontrer un patrimoine qui, bien que voisin, possède sa propre personnalité.
Une escapade aux portes du Berry
C’est dans cet esprit qu’à l’occasion d’un retour à Nevers, j’ai décidé de prolonger quelque peu mon périple en faisant étape à Saint-Pierre-le-Moûtier. La ville n’est finalement qu’à 53 kilomètres du Berry par le trajet le plus direct, et à 29 kilomètres seulement de Nevers. Une distance toute relative, qui permet de rester dans cette familiarité des terres voisines tout en s’offrant le plaisir d’une véritable découverte. Saint-Pierre-le-Moûtier allait ainsi constituer une nouvelle étape de ce parcours, avec, en perspective, la rencontre d’un patrimoine roman particulièrement intéressant.
Nous découvrons ici un véritable exemple du roman bourguignon. Les lignes de l’édifice, sa sobriété et ses proportions traduisent pleinement cette architecture romane, à la fois puissante et dépouillée, qui caractérise si bien les édifices religieux de Bourgogne.
J’avais déjà eu l’occasion de découvrir Saint-Pierre-le-Moûtier par le passé. La proximité du lieu et le souvenir que j’en gardais me donnaient naturellement envie d’y revenir, quand bien même je savais déjà, en partie, à quoi m’attendre. Il y a parfois un plaisir particulier à retrouver un endroit connu : on le redécouvre avec un regard différent, en prêtant attention à des détails qui avaient pu nous échapper lors d’une première visite. Une fois arrivée, j’en profitai pour parcourir à nouveau quelques rues de la ville, tout en gardant un œil attentif sur les panneaux qui devaient me conduire vers l’église. Il me fallait rejoindre cette très jolie église romane, qui fut d’abord une église prieuriale avant de devenir paroissiale.
Je poursuivis mon chemin, lorsque, au détour de l’avenue, surgit soudain la flèche de l’église. La voilà enfin ! Je m’engageai dans la rue et, d’un pas enthousiaste, rejoignis l’édifice en quatre petites minutes.
° J’étais à pied, mais si vous voulez vous garer, empruntez l’Avenue du Général de Gaulle et dirigez-vous au « 1 Place de l’Église ». Pour information, une pizzeria se trouve à proximité. C’est parfois bien utile de le savoir, quand on envisage une visite où l’on veut prendre son temps à explorer.

Me voici donc devant Saint-Pierre, prête pour mes premières observations. Comme à mon habitude, celles-ci furent bientôt suivies du traditionnel contournement de l’église. Un passage obligé pour moi : il permet de découvrir l’édifice sous tous ses angles, de saisir ses volumes, ses différences de maçonnerie, ses détails architecturaux et, parfois, quelques éléments que l’on ne remarque absolument pas depuis la façade.
Petite précision pratique : j’étais venue à pied, mais si vous souhaitez vous rendre sur place en voiture, vous pouvez emprunter l’avenue du Général-de-Gaulle et vous diriger vers le 1, place de l’Église. Une pizzeria se trouve également à proximité. Une information qui peut s’avérer bien utile lorsque l’on envisage une visite en prenant son temps : après avoir parcouru le patrimoine, il est toujours agréable de savoir où prolonger quelque peu l’escapade !
Aux origines du monastère
Pour mieux comprendre l’édifice qui se présente aujourd’hui à mes yeux, il faut remonter quelque peu le fil du temps. Les origines du site sont anciennes puisqu’un monastère y aurait été fondé aux VIIIe-IXe siècles. Celui-ci dépendait de l’abbaye Saint-Martin d’Autun, l’un des grands établissements monastiques de Bourgogne.



Cette filiation n’est pas sans intérêt pour qui s’intéresse à l’histoire de l’église. Elle inscrit en effet Saint-Pierre-le-Moûtier dans un vaste réseau monastique et religieux qui dépassait largement les limites de la cité. Au fil des siècles, le prieuré allait évoluer, tandis que l’église connaîtrait elle aussi différentes étapes de construction et de transformation. C’est donc avec cette longue histoire en arrière-plan que je poursuis ma découverte de l’édifice, en commençant naturellement par ce qui s’offre au regard : ses volumes, sa pierre et les caractéristiques de son architecture romane.
Portail Nord
Découvrir ce remarquable tympan – fin du XIIe s.

Entre histoire et légende
Selon le prêtre Pierre Baudin, plusieurs légendes relatives à la fondation de Saint-Pierre-le-Moûtier font remonter les origines du lieu jusqu’au temps de la reine Brunehaut. Celle-ci aurait possédé des terres dans la région et, selon la tradition rapportée, les aurait données aux moines de Saint-Martin, dépendant de l’abbaye d’Autun, afin qu’ils y établissent un monastère.
Nous entrons ici dans une histoire où se mêlent les traces du passé et la mémoire légendaire. Si cette tradition ne saurait être considérée comme un fait historique établi, elle n’en demeure pas moins intéressante : elle témoigne de l’ancienneté que l’on attribuait au site et de l’importance que revêtait, dans les récits transmis au fil des siècles, la présence monastique à Saint-Pierre-le-Moûtier. Ils donnent ainsi une profondeur particulière à la visite. Derrière les pierres de l’église romane que je m’apprête à observer se dessine une histoire bien plus ancienne, où la réalité historique côtoie encore les récits de fondation.
Chers lcteurs et amis, remarquez que je ne présente pas la légende de Brunehaut comme une certitude historique, mais tout en lui conservant sa place cependant.
Je m’intéresse particulièrement à l’art et à l’iconographie, car derrière chaque sculpture, chaque personnage ou chaque scène représentée se cache souvent un sens qu’il est intéressant de rechercher. L’art nous renseigne sur les techniques, les styles et les influences d’une époque ; l’iconographie, elle, nous aide à comprendre ce que les images cherchent à raconter ou à transmettre.
Dans une église, ces représentations ne sont donc pas de simples ornements. Elles pouvaient avoir une véritable fonction : illustrer un épisode biblique, transmettre un enseignement, rappeler une vertu ou, au contraire, mettre en garde contre un comportement. Pour le visiteur d’aujourd’hui, elles constituent autant de petits témoignages de la pensée et de la sensibilité religieuse d’une époque.
° L’iconographie s’intéresse à ce que les images et les représentations racontent ou signifient. Dans une église romane, elle permet par exemple d’identifier les personnages, les animaux, les scènes bibliques ou légendaires représentés sur un chapiteau, puis de comprendre pourquoi ils ont été choisis et quel message ils pouvaient transmettr
Dans l’article que j’avais consacré à l’abbatiale de Fleury, à Saint-Benoît-sur-Loire, j’avais d’ailleurs choisi de présenter, photographies à l’appui, l’iconographie de plusieurs chapiteaux et colonnes rencontrés au fil de la visite. Ces détails sculptés constituent à mes yeux autant de petits récits de pierre, révélateurs d’un art, d’une époque et des influences qui l’ont façonné.
C’est donc avec cette même curiosité que je poursuis ici mon observation de Saint-Pierre-le-Moûtier, attentive à ce que l’édifice peut révéler au-delà de ses seules lignes architecturales. C’est donc avec cette même curiosité que je poursuis ici mon observation de Saint-Pierre-le-Moûtier, attentive à ce que l’édifice peut révéler au-delà de ses seules lignes architecturales.
L’expression de sentiments et d’idées. Par de nombreux procédés qu’utilisaient les artistes à l’époque médiévale. Ou bien, pour illustrer de ses œuvres la pierre, une pierre qui aujourd’hui, ne parle que si on l’interroge. De fait, chaque élément, chaque forme, chaque symbolique ayant valeur de signe. Le choix des personnages, l’organisation d’un décor sont considérés comme une façon de dire quelque chose. Ici, je cherche à montrer que l’art médiéval est un langage, et que la pierre devient véritablement porteuse de sens lorsqu’on apprend à la « lire ». Je vous propose de conserver cette belle idée de la pierre qui ne parle que si on l’interroge.
C’est tout l’intérêt de l’iconographie : apprendre à regarder au-delà de ce qui est simplement représenté, pour tenter de comprendre le message que l’artiste, ou ceux qui ont commandé l’œuvre, souhaitaient transmettre. Ainsi, une sculpture romane n’est jamais seulement une belle œuvre de pierre ; elle peut être à la fois récit, symbole, enseignement et témoignage d’une époque. La pierre devient alors un véritable langage. Il suffit parfois de savoir l’écouter.
La mandorle, une scène majeure

Au tympan : Le Christ en Gloire centré dans cette scène, est entouré des 4 Vivants – les évangélistes – et au-dessus de ces êtres divins (paire d’ailes chacun), sont des anges thuriféraires qui se partagent la voussure. Au-dessus des quatre évangélistes, les anges portent des encensoirs.
Le Christ est assis sur un trône, il tient le monde dans la main gauche. La symbolique du globe traduit une valeur universelle, aussi, le « monde » revoit à l’action d’unir. Observez les détails relevés sur ma photo, notamment des traces de peinture encore visibles. Cette iconographie anime une scène centrale, met en action personnages célestes et animaux sacrés, l’ensemble a une valeur universelle. D’ailleurs, c’est, à l’identique, cette scène que nous retrouvons commune pour bon nombre de cathédrales (en présence ou exemptées de transept : pour exemple Saint-Étienne à Bourges), pour illustrer LE message divin, à caractère universel.

Splendide tympan qui se trouve renfermé dans une arcade ogivale et comme le montre la photo, il est quintilobé, du fait que nous le voyons avec ses cinq lobes (découpes). Portez également votre attention sur le style iconographique choisi, à propos des demeures qui encadrent la scène centrale.
Parmi les éléments les plus significatifs de l’iconographie médiévale figure la mandorle. Cette forme en amande, souvent destinée à entourer une figure sacrée, n’est pas un simple motif décoratif. Elle marque au contraire une présence exceptionnelle, celle d’un personnage appartenant à la sphère divine. Dans l’art roman, la mandorle accueille notamment le Christ représenté en majesté, bénissant ou tenant le Livre, mais aussi le Christ de l’Ascension. Elle permet ainsi de distinguer le monde céleste du monde terrestre et de donner à la représentation une dimension à la fois spirituelle et symbolique.
__________
Parmi les éléments les plus significatifs de l’iconographie médiévale figure la mandorle. Cette forme en amande, souvent destinée à entourer une figure sacrée, n’est pas un simple motif décoratif. Elle marque au contraire une présence exceptionnelle, celle d’un personnage appartenant à la sphère divine. Dans l’art roman, la mandorle accueille notamment le Christ représenté en majesté, bénissant ou tenant le Livre, mais aussi le Christ de l’Ascension. Elle permet ainsi de distinguer le monde céleste du monde terrestre et de donner à la représentation une dimension à la fois spirituelle et symbolique.
Sa forme elle-même est porteuse de sens : comme un espace qui s’ouvre sur un autre monde, elle semble isoler la figure sacrée tout en attirant immédiatement le regard vers elle. Placée au cœur d’une composition, elle en devient souvent le point focal.
Ici encore, la pierre ne se contente donc pas de représenter : elle signifie. La mandorle nous invite à regarder autrement la sculpture romane, en recherchant derrière la forme le message qu’elle cherche à transmettre.
° Petite précision de vocabulaire : la mandorle est plutôt un élément ou un motif iconographique qu’une scène en elle-même. Si vous parlez, par exemple, d’un Christ en majesté inscrit dans une mandorle, on peut alors présenter l’ensemble comme une scène majeure de l’iconographie romane.
L’intérieur
Si le portail principal se trouve fermé, ne renoncez pas pour autant à entrer dans l’église. Au n° 2 de la place de l’Église, une petite porte latérale permet d’accéder directement à la nef. Il suffit de la repérer pour pouvoir poursuivre tranquillement la visite et découvrir l’intérieur de l’édifice.

Le plan que j’ai photographié

Plus vous avancerez dans la nef, en direction du chœur roman à chevet plat, plus votre regard sera attiré par la richesse des sculptures. Peu à peu, l’admiration gagne devant chacune des colonnes et leurs chapiteaux, dont les décors se dévoilent au fil de la progression dans l’édifice.
Il faut prendre le temps de les observer, de s’arrêter devant chacun d’eux : la pierre se couvre de motifs, de figures et de scènes qui semblent attendre d’être déchiffrés. À mesure que l’on avance vers le chœur, l’église révèle ainsi toute la richesse de son langage sculpté. La nef présente aujourd’hui des collatéraux de styles différents, témoins des transformations successives qu’a connues l’église au fil des siècles.
À la fin du XIIe siècle, un incendie détruisit l’ancien collatéral situé au nord. Il fallut alors le reconstruire, et cette nouvelle campagne de travaux donna naissance à un collatéral de style gothique, venu modifier l’aspect originel de l’édifice roman. Cette juxtaposition de styles est particulièrement intéressante à observer : elle permet de lire, dans la pierre elle-même, les différentes étapes de l’histoire de l’église. Le roman et le gothique se côtoient ainsi dans la nef, offrant au regard un témoignage concret des évolutions architecturales de l’édifice.
Art & sculptures,
les chapiteaux romans
Et puis les graffitis
Voici un élément qui éveilla particulièrement ma curiosité : un ex-voto, témoignage discret mais profondément personnel d’un besoin de se relier au spirituel et au religieux.


Gravé d’un calvaire et entouré de nombreux symboles, il semble traduire une démarche de foi, de reconnaissance et de gratitude. Par ce geste, celui ou celle qui l’a fait réaliser cherchait peut-être à remercier, à témoigner d’une grâce reçue, ou simplement à raffermir son lien avec le religieux.

J’aime ces témoignages modestes, parfois presque anonymes, qui viennent inscrire dans la pierre une part de la vie intérieure des hommes et des femmes d’autrefois. Ici encore, le symbole devient langage : il faut prendre le temps de le regarder pour tenter d’en comprendre le message.
J’aime particulièrement ces témoignages modestes, parfois presque anonymes, qui inscrivent dans la pierre une part de la vie intérieure des hommes et des femmes d’autrefois. Ils nous parlent de leurs croyances, de leurs espoirs, de leurs peurs aussi, et de cette nécessité de laisser une trace de leur relation au sacré.
Ici encore, le symbole devient langage. Il faut simplement prendre le temps de s’arrêter, d’observer et de chercher à déchiffrer ce que la pierre a conservé de cette histoire intime. Si vous pensez aussi à autre chose, n’hésitez pas à le partager en commentaires.

Et si la pierre avait encore quelques histoires à vous raconter ? Pour aller plus loin dans cette thématique, je vous invite à découvrir l’article sur mon site. Vous y retrouverez notamment les quatre graffitis que j’ai ajoutés à mon retour de Saint-Pierre-le-Moûtier.
Des marques parfois discrètes, presque silencieuses, mais qui viennent à leur manière prolonger l’histoire des lieux et nous rappeler que les murs anciens ont bien plus à nous révéler qu’il n’y paraît.
À découvrir en suivant le lien…
Le stries relevées de ma visite
Saint-Pierre-le-Moûtier et ses stries que j’observais depuis l’église romane. Pour éviter de vous induire en erreur, je préfère distinguer ce que l’on observe de ce que l’on peut interpréter. Déjà, je confirme bien le caractère roman de l’édifice et l’importance de ses sculptures, mais je ne trouve pas de source suffisamment fiable qui donne une appellation technique précise à ces marques ondulatoires. J’ai néanmoins vérifié ce que l’on trouve sur l’église : les sources patrimoniales confirment notamment la richesse de sa sculpture romane et la présence de nombreuses traces et détails de taille sur l’édifice, mais je ne trouve pas de source qui attribue un nom technique précis aux formes ondulatoires que vous appelez « stries ».
J’ai également remarqué, sur certaines pierres de l’édifice, d’étranges stries ondulatoires creusées dans la matière. Ces marques, qui attirent immédiatement le regard, ajoutent encore à l’intérêt de l’observation. Leur origine ou leur fonction mérite toutefois d’être interrogée : sont-elles liées au travail de la pierre, à un usage particulier, ou témoignent-elles d’une pratique aujourd’hui oubliée ? Autant de questions qui donnent à ces discrètes empreintes tout leur intérêt. Une pierre qui aujourd’hui ne parle que si on l’interroge…

Découvrez cette particularité qui ne m’a pas échappée, une thématique passionnante,
rédigée et mise à jour pour mes sympathiques lecteurs qui parcourent le site
Source & observation personnelle : Observations de terrain et relevés personnels réalisés pour le blog.
✑ Rédaction, texte, photographie :
Recherches, vérifications et photographies
Muriel Azemard — webmestre « BerryAu Coeur de France ».



















Merci à vous Muriel, passionnée par la culture, le patrimoine et d’œuvrer sur votre site Berry à la transmission et la valorisation et de publier. Merci beaucoup.
Bonne continuation!
J’aimeJ’aime
Je viens de parcourir, c’est très intéressant, merci à vous Muriel, je ne connais l’église.
J’aimeJ’aime
J’ai pris des notes de ton article au cas où 😉
J’aimeJ’aime
Un joli village pour le patrimoine., nous y viendrons.
J’aimeJ’aime